L’un des principaux leviers de cette stratégie reste la commande locale. En 2025, Eramet Comilog indique avoir consacré plus de 70,5 milliards de FCFA à l’achat de biens et services auprès de fournisseurs gabonais. Au total, 75 % de ses achats sont réalisés au Gabon, avec un réseau de plus de 782 entreprises nationales. (Comilog)
Derrière ces chiffres, l’enjeu est de faire circuler davantage la valeur créée par l’activité minière dans l’économie nationale. Lorsqu’une entreprise locale décroche un marché, elle peut à son tour investir, recruter et faire appel à d’autres prestataires. Pour Comilog, cette dynamique constitue l’un des moyens de renforcer progressivement le tissu économique autour de son activité industrielle.
L’entreprise cherche également à agir sur un autre point déterminant : l’accès au financement. Son fonds d’amorçage a permis d’engager 1,17 milliard de FCFA pour accompagner 197 projets locaux depuis son lancement. Sur la seule année 2025, 44 projets ont bénéficié de 260 millions de FCFA. Le dispositif est accompagné d’actions destinées à renforcer les capacités des entrepreneurs. (Gabon Media Time)
Cette politique cible aussi les jeunes. Les « Cafés Business » ont réuni 138 entrepreneurs et 1 078 élèves issus de dix lycées ont été sensibilisés à l’entrepreneuriat. L’objectif affiché est de favoriser l’émergence d’activités capables de générer des revenus en dehors des emplois directement liés à la mine.
À Bakoumba, cette volonté de diversification prend une dimension agricole. Le Projet agro sylvo pastoral bénéficie d’une enveloppe de 967,5 millions de FCFA et associe plusieurs activités, notamment la pisciculture, la production de champignons, l’huile de ricin et la fabrication d’aliments pour bétail. Cette dernière activité doit notamment s’appuyer sur l’approvisionnement fourni par des producteurs locaux, avec l’idée de créer des liens entre production agricole, transformation et débouchés. (Direct Infos Gabon)
À Djoutou, le modèle repose sur une autre ressource locale. Une miellerie communautaire regroupant six villages a été mise en production en novembre 2025. Le projet a permis la création de dix emplois directs et la production de miel, tandis que la cire est transformée en bougies artisanales. Eramet Comilog présente cette initiative comme un moyen de professionnaliser l’activité apicole et de créer de nouvelles sources de revenus pour les communautés. (Comilog)
La formation constitue un autre pilier de cette stratégie. À l’École des Métiers de la Mine et de la Métallurgie de Moanda, créée en partenariat avec l’État gabonais, l’entreprise participe au développement des compétences nécessaires à l’industrie. À cela s’ajoute le FabLab de Moanda, qui permet aux jeunes de se former notamment au développement web et mobile, à l’électronique, à la fabrication numérique, à la modélisation 3D et à la robotique.
Le programme « 1 Taxi, un Emploi, un Avenir » s’inscrit dans la même logique. Vingt jeunes chauffeurs de Franceville, Moanda et Mounana bénéficient d’un véhicule neuf qu’ils doivent progressivement acquérir sur une période de quatre ans. Le dispositif cherche ainsi à transformer une activité professionnelle en véritable outil d’autonomie économique. (Gabon Media Time)
L’empreinte de Comilog dépasse également le seul champ économique. À Moanda, l’Hôpital Marcel Abéké a enregistré en 2025 37 819 consultations, 115 525 analyses de laboratoire, 7 605 examens d’imagerie, 7 606 interventions chirurgicales et 717 accouchements. L’entreprise indique par ailleurs avoir investi 450 millions de FCFA pour l’acquisition d’un scanner et la construction du bâtiment destiné à l’accueillir. (Comilog)
À travers ces différents programmes, l’enjeu devient donc plus large que la seule exploitation du manganèse. Il s’agit de savoir quelle activité économique peut se développer autour de la mine, quels entrepreneurs peuvent émerger, quelles compétences peuvent rester sur le territoire et quelles nouvelles sources de revenus peuvent être créées pour les populations.
Le véritable défi sera désormais de mesurer la durée de vie de ces initiatives. Le nombre de projets financés, les montants investis ou les personnes accompagnées donnent une première indication de l’effort engagé. Mais leur impact à long terme dépendra aussi de la capacité des entreprises soutenues à rester actives, des emplois créés à se maintenir et des filières agricoles, artisanales ou numériques à fonctionner durablement.
Pour le Gabon, l’enjeu dépasse ainsi le seul bilan d’une entreprise minière. Dans une économie où les ressources naturelles occupent une place importante, la question est aussi de savoir comment transformer les revenus issus de leur exploitation en entreprises, compétences, infrastructures et activités capables de continuer à produire de la valeur dans les territoires.
