La cérémonie de lancement s’est tenue mercredi à proximité du port en eaux profondes de Lamu, en présence notamment du président kényan William Ruto, du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et du président ougandais Yoweri Museveni. Pour le groupe Dangote, cette nouvelle infrastructure doit contribuer à transformer une partie du paysage énergétique de l’Afrique de l’Est.
Le projet ne se limitera pas au raffinage du pétrole. Une centrale électrique de 1 000 mégawatts doit également accompagner la raffinerie. Selon les prévisions présentées, environ la moitié de cette production pourrait être injectée dans le réseau électrique kényan. De quoi donner au projet une portée qui dépasse largement la seule production de carburants.
L’enjeu est particulièrement important pour un continent qui continue de dépendre fortement des importations de produits pétroliers raffinés. Selon les données citées par l’Africa Finance Corporation, l’Afrique importe environ 70 % des produits raffinés qu’elle consomme.
Avec cette nouvelle infrastructure, Aliko Dangote veut donc reproduire à une autre échelle le modèle engagé au Nigeria. Sa raffinerie de 650 000 barils par jour, mise en service en 2024, constitue déjà l’un des principaux projets de raffinage privés du continent. Sa capacité pourrait par ailleurs atteindre 1,4 million de barils par jour à l’horizon 2028.
Mais le chantier de Lamu devra aussi relever un défi majeur : trouver suffisamment de pétrole brut pour alimenter une installation d’une telle capacité. Les ressources actuellement disponibles au Kenya et dans les pays voisins ne permettraient pas de couvrir l’ensemble des besoins de la future raffinerie. Dans ses premières années d’exploitation, le site devrait donc s’appuyer sur des importations de brut provenant de plusieurs régions du monde.
Cette dépendance à l’approvisionnement extérieur constitue un paradoxe pour un projet présenté comme un outil de renforcement de l’autonomie énergétique africaine. L’objectif est en effet de transformer davantage de pétrole sur le continent, tout en devant importer une partie importante de la matière première nécessaire à cette transformation.
À Lamu, le projet suscite également des interrogations sur le plan environnemental. Des organisations écologistes, parmi lesquelles Greenpeace, alertent sur les risques que pourrait représenter une infrastructure industrielle de cette ampleur pour l’écosystème côtier de la région.
Malgré ces préoccupations, Aliko Dangote défend une stratégie fondée sur le développement des capacités industrielles africaines. Son ambition consiste à faire davantage de transformation sur le continent, à créer des infrastructures capables de répondre à la demande énergétique et à limiter progressivement le recours aux importations de produits raffinés.
Avec ses 16 milliards de dollars d’investissement annoncés, ses 700 000 barils de capacité quotidienne et sa centrale électrique de 1 000 mégawatts, le projet de Lamu place ainsi le Kenya au cœur d’un nouveau pari industriel. Reste désormais à voir comment seront relevés les défis liés à l’approvisionnement en brut, à la rentabilité du projet et à la protection de l’environnement côtier


















































