Le Gabon fait un grand pas vers l’indépendance alimentaire. Pacôme Kossy, le Ministre gabonais de l’Agriculture, vient de conclure une tournée diplomatique en Côte d’Ivoire et au Sénégal, marquant une nouvelle étape dans la coopération agricole entre ces trois nations. Cette mission, loin de se limiter à des échanges formels, s’inscrit dans une volonté claire de réorienter les pratiques agricoles gabonaises et de se libérer de la dépendance alimentaire qui coûte chaque année près de 540 milliards de francs CFA au pays, selon la Banque Africaine de Développement (BAD).
Avec des importations alimentaires qui pèsent lourd sur l’économie, le Gabon cherche à changer de modèle. L’objectif : sécuriser sa production alimentaire en s’inspirant des réussites agricoles de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. Ces deux pays, moteurs de l’agriculture en Afrique de l’Ouest, sont désormais considérés comme des partenaires essentiels dans cette quête de souveraineté alimentaire.
Le premier arrêt de la tournée à Abidjan a permis de poser les bases d’une coopération renforcée. Pacôme Kossy a rencontré Bruno Nabagné Koné, son homologue ivoirien, pour discuter des stratégies permettant de sécuriser les chaînes de valeur agricoles et stimuler une croissance régionale durable. Pour le Gabon, l’objectif est de reproduire les succès agricoles de ses voisins et d’intégrer les innovations techniques qui ont fait la force de ces pays.
La visite s’est ensuite poursuivie dans la région d’Aboisso, au sud-est de la Côte d’Ivoire, où les membres de la délégation gabonaise ont visité une exploitation avicole pionnière. Avec 30 ans d’expérience, cette ferme représente un modèle en matière de production alimentaire. Elle ne se contente pas de couvrir la demande intérieure, mais exporte également ses excédents. Ce modèle d’intégration verticale, allant de la production de poussins à la gestion circulaire des déchets, est une véritable référence. Le Gabon, confronté à des coûts d’intrants élevés, cherche à adapter ce modèle pour en faire un levier essentiel dans son propre développement agricole.
Cependant, cette coopération va bien au-delà d’un simple échange de savoir-faire. C’est un partenariat stratégique, conçu pour attirer des investissements dans l’agro-industrie gabonaise et renforcer les liens commerciaux entre ces trois nations. Avec l’aide de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, le Gabon espère non seulement réduire sa dépendance alimentaire, mais aussi renforcer sa résilience face aux crises mondiales qui affectent les marchés agricoles.
Cette alliance pourrait également se transformer en une dynamique régionale solide, capable de répondre aux besoins croissants de sécurité alimentaire. En favorisant des partenariats public-privé transfrontaliers, le Gabon envisage un avenir où l’agriculture devient un moteur de développement durable et de création d’emplois, notamment pour les jeunes africains. En s’appuyant sur les expériences réussies de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, le Gabon pose les bases d’un secteur agricole moderne, rentable et résilient.
En s’engageant dans cette démarche, Libreville veut montrer que l’avenir de l’agriculture en Afrique ne réside pas seulement dans la production alimentaire locale, mais aussi dans l’alignement des pays africains pour créer un modèle de coopération Sud-Sud qui pourrait inspirer le reste du continent. Cette vision collective pour un avenir agricole durable est désormais en marche.
