Pour les usagers, la difficulté ne se limite plus au montant de la course. Il faut aussi composer avec les longues attentes sur les principaux axes de la capitale et la concurrence entre passagers pour obtenir une place. Dans certaines situations, ceux qui acceptent de payer une somme supplémentaire sont prioritaires, tandis que les autres peuvent patienter pendant de longues minutes, voire davantage.
Françoise Boungamou, usagère des transports urbains, décrit un quotidien devenu particulièrement contraignant. Selon elle, les personnes qui ne disposent pas de moyens supplémentaires ont de plus en plus de difficultés à rejoindre leur destination à temps. Les travailleurs et les parents accompagnant leurs enfants à l’école sont particulièrement exposés à cette situation.
Cette pratique, communément appelée « mise », contribue à installer une tarification variable, souvent difficile à anticiper pour les ménages. Si les chauffeurs doivent eux aussi faire face à leurs charges quotidiennes, les passagers estiment que cette hausse informelle des prix pèse lourdement sur leur pouvoir d’achat.
Pourtant, Libreville dispose depuis plusieurs décennies d’un cadre réglementaire censé encadrer les tarifs du transport urbain. La délibération municipale n° 012/99/CM/ML du 17 juin 1999 prévoit, dans son article 10, un tarif de 100 FCFA par personne pour un trajet normal et de 1 000 FCFA pour une course. Un dispositif qui, malgré son existence officielle, ne correspond plus aux pratiques observées sur le terrain.
Le texte avait notamment été rappelé en juillet 2024 par l’ancien deuxième adjoint au maire de Libreville, Christian Ngoua. Mais son application effective reste au cœur des interrogations, alors que les tarifs pratiqués continuent de varier selon les trajets, les horaires et les conditions de déplacement.
Face à cette situation, l’exécutif privilégie désormais une autre approche : introduire davantage de concurrence dans le secteur. Le ministre du Transport, de la Marine marchande et de la Logistique, Ulrich Mamfoumbi Mamfoumbi, a indiqué que la mise en place de la Compagnie nationale de transport devait contribuer à réguler naturellement les prix.
Selon le membre du gouvernement, la CNT proposera une offre de transport à laquelle les opérateurs privés devront s’adapter s’ils souhaitent conserver leur clientèle. L’idée est de faire de cette compagnie une alternative accessible aux usagers et de créer une pression concurrentielle susceptible d’inciter les chauffeurs à revoir leurs tarifs.
Toutefois, l’efficacité de cette stratégie dépendra largement des conditions de fonctionnement de la CNT. Pour influencer réellement le marché, la compagnie devra disposer d’un nombre suffisant de véhicules, desservir les principaux quartiers et proposer des tarifs adaptés aux capacités financières des populations. Elle devra également répondre aux besoins des usagers aux heures de forte affluence.
Pour les habitants de Libreville, l’attente est donc concrète : pouvoir se déplacer sans être contraints de négocier systématiquement le prix de leur trajet ou de payer davantage pour arriver à l’heure. Reste à savoir si l’arrivée de la CNT permettra de modifier durablement les habitudes du secteur ou si les passagers continueront de subir les mêmes difficultés.


















































