Le contraste avec les autres régions du monde est particulièrement marqué. En Asie, la proportion de personnes ne pouvant financer une alimentation saine s’établit à 28,9 %, contre 25,7 % en Amérique latine et dans les Caraïbes. À l’échelle mondiale, cette situation concerne 32,7 % de la population.
Derrière ces chiffres se trouve une autre réalité, celle de la faim. En 2025, quelque 309 millions d’Africains, soit 20 % de la population du continent, souffraient de la faim. L’Afrique concentre ainsi davantage de personnes touchées que l’Asie, qui en comptait 292 millions, mais avec une prévalence nettement plus faible, estimée à 6 %.
Cette évolution est d’autant plus préoccupante qu’elle s’inscrit dans une tendance de long terme. En quinze ans, le nombre de personnes souffrant de la faim en Afrique est passé de 171 millions en 2010 à 309 millions en 2025. Les conflits, les déplacements de populations, les crises climatiques et les difficultés économiques figurent parmi les principaux facteurs associés à cette dégradation. Des pays comme le Soudan, la République démocratique du Congo, la Somalie et le Nigeria sont particulièrement concernés par ces différentes crises.
À l’échelle mondiale, la tendance est toutefois légèrement différente. Le nombre de personnes confrontées à la faim est passé de 659 millions en 2024 à 645 millions en 2025, soit une diminution de 14 millions. Cette amélioration est principalement attribuée aux progrès enregistrés en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Pour autant, l’accès à une alimentation saine ne se résume pas uniquement à la question du prix des denrées. Action contre la Faim souligne que les difficultés rencontrées par les populations sont également liées aux inégalités et aux déséquilibres qui existent tout au long de la chaîne alimentaire. L’organisation estime notamment que les revenus des producteurs doivent être suffisamment élevés pour leur permettre de vivre dignement et de contribuer durablement à l’approvisionnement alimentaire.
Les conséquences sont particulièrement sensibles chez les jeunes enfants, notamment ceux âgés de 6 à 23 mois, période au cours de laquelle la diversification alimentaire joue un rôle essentiel dans leur développement. L’impossibilité pour de nombreuses familles d’accéder à une alimentation suffisamment variée et équilibrée accentue ainsi les risques nutritionnels.
Cette situation intervient par ailleurs dans un contexte de recul de l’aide internationale. En 2025, l’aide publique au développement versée par les pays membres du Comité d’aide au développement et leurs partenaires a diminué de 23,1 % par rapport à l’année précédente.
Pour les organisations humanitaires, cette baisse intervient alors que les besoins restent considérables. Action contre la Faim indique ainsi avoir arrêté plus de 50 projets dans 20 pays, avec des conséquences pour des centaines de milliers de personnes, notamment des enfants. À Madagascar, la fermeture de plusieurs structures et l’arrêt d’activités dans des cliniques mobiles ont notamment affecté la prise en charge de milliers d’enfants souffrant de malnutrition aiguë.
En République démocratique du Congo, la suspension de certains programmes de santé dans l’Ituri a entraîné le retour des soins payants et une diminution de moitié des consultations dans les structures concernées. Au Burkina Faso, six bases sur huit ont également été fermées entre 2025 et 2026.
Les chiffres du rapport SOFI 2026 dressent ainsi le portrait d’une Afrique confrontée à une crise alimentaire qui dépasse largement la seule question de l’accès aux denrées. Alors que la faim progresse sur le continent depuis quinze ans, la baisse des financements humanitaires pourrait davantage compliquer les réponses apportées aux populations les plus vulnérables.
