Le constat intervient alors que l’économie camerounaise continue pourtant d’afficher une progression. Le produit intérieur brut réel a augmenté de 3,2 % en 2025. Mais cette performance reste insuffisante pour absorber les effets d’une croissance démographique soutenue et améliorer sensiblement le revenu des ménages. La Banque mondiale relève notamment que le revenu par habitant reste inférieur de 20 % à son niveau enregistré pendant le boom pétrolier des années 1980.
La tendance est déjà visible. Le nombre de Camerounais vivant avec moins de 3 dollars par jour est passé de 7,1 millions en 2021 à environ 8,4 millions en 2025. Les nouvelles projections laissent entrevoir une progression supplémentaire au cours des prochaines années, avec environ 840 000 personnes supplémentaires concernées entre 2025 et 2028.
Derrière ces chiffres se trouve une difficulté majeure : la croissance économique ne se transforme pas suffisamment en emplois stables et productifs. La progression de la population exerce une pression supplémentaire sur le marché du travail, tandis que les insuffisances en matière de capital humain continuent de fragiliser une partie des ménages.
La Banque mondiale estime ainsi que l’enjeu pour le Cameroun ne consiste plus seulement à maintenir une croissance positive, mais à parvenir à une croissance capable de générer davantage de revenus et d’opportunités d’emploi. L’institution met notamment en avant le développement de l’agriculture et des secteurs fortement créateurs d’emplois, ainsi que le renforcement des mécanismes de protection sociale destinés aux ménages les plus vulnérables.
À cette pression sociale s’ajoute celle des finances publiques. Le poids du service de la dette s’est fortement accru ces dernières années, réduisant les marges disponibles pour financer d’autres priorités. Dans l’ensemble de la CEMAC, la Banque mondiale souligne d’ailleurs que les tensions budgétaires et le niveau élevé de la dette limitent la capacité des États à investir davantage dans les infrastructures, le capital humain et les politiques sociales.
La situation camerounaise s’inscrit dans une problématique qui dépasse ses frontières. À l’échelle de la CEMAC, environ 25 millions de personnes vivaient avec moins de 3 dollars par jour en 2025, soit 36,2 % de la population régionale. La Banque mondiale estime par ailleurs que la pauvreté devrait rester autour de 36 % dans la région en 2027 et 2028 si les réformes destinées à stimuler l’emploi et les revenus ne s’accélèrent pas.
Pour inverser cette tendance, l’institution appelle les pays de la région à renforcer les réformes structurelles, améliorer l’environnement des entreprises, investir davantage dans les infrastructures et la formation et développer des mécanismes de protection sociale mieux ciblés.
Au Cameroun, l’enjeu des prochaines années sera donc de faire en sorte que les performances économiques se traduisent davantage dans le quotidien des ménages. Sans création suffisante d’emplois et de revenus, la croissance risque de rester déconnectée des besoins d’une population en constante augmentation.
