Le signal est venu le 21 juillet dernier. Devakumar Edwin, vice président du groupe Dangote en charge des activités liées au pétrole, au gaz et aux engrais, s’est rendu au Cameroun accompagné d’une délégation venue examiner les perspectives d’investissement. Après des échanges avec les autorités camerounaises, le responsable s’est également rendu sur le site de Dangote Cement Cameroon.
Aucun investissement précis n’a officiellement été annoncé à l’issue de cette visite. Mais les déclarations du groupe témoignent d’un intérêt marqué pour le potentiel camerounais, notamment dans la production et la distribution d’engrais. Dangote dit vouloir étudier les possibilités de renforcer sa présence et ses investissements dans le pays, avec à la clé de nouvelles perspectives de croissance économique et industrielle.
Cette attention portée au Cameroun n’est pas anodine. Depuis plusieurs années, Dangote déploie une stratégie ambitieuse pour renforcer ses activités dans les fertilisants à l’échelle africaine. Le groupe a déjà investi plusieurs milliards de dollars dans la construction d’infrastructures industrielles destinées à répondre à la demande croissante du continent.
Au Nigeria, son complexe de Lekki, construit pour environ 2,5 milliards de dollars, dispose d’une capacité de production annuelle de 3 millions de tonnes d’urée. Une partie de cette production est déjà destinée au marché camerounais. Dangote prépare également un important projet en Éthiopie, évalué à plus de 4 milliards de dollars. Le groupe vise à terme une capacité de production de 9 millions de tonnes d’urée par an et prévoit l’installation d’une vingtaine d’unités de mélange d’engrais en Afrique d’ici 2028.
Dans cette course au développement des capacités de production et de distribution, le Cameroun présente plusieurs atouts. Première économie de la CEMAC, le pays dispose d’un secteur agricole important et de nombreux bassins de production. Ses besoins en fertilisants restent cependant largement couverts par les importations, ce qui laisse entrevoir un marché encore largement disponible.
Les chiffres témoignent de cette dépendance. Au premier semestre 2025, le Cameroun a consacré 44,4 milliards de FCFA à l’achat d’engrais à l’étranger, contre 40,2 milliards de FCFA sur la même période en 2024. Entre 2021 et 2023, la facture cumulée des importations d’engrais s’est élevée à 173,9 milliards de FCFA. En 2023, le pays avait importé 228 326 tonnes de fertilisants pour une valeur de 70,9 milliards de FCFA.
Le paysage commence toutefois à évoluer avec l’arrivée de nouvelles capacités de production locales. En mai 2025, Hydrochem Cameroun a inauguré à Douala une unité capable de produire 120 000 tonnes d’engrais par an, avec une possibilité d’extension à 150 000 tonnes. Les autorités estiment que cette installation pourrait contribuer à réduire significativement la dépendance du pays aux importations.
Parallèlement, l’État camerounais travaille à la mise en place d’une industrie nationale plus structurée. Le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique a ainsi lancé une procédure destinée à sélectionner des cabinets chargés de réaliser les études techniques préalables à la construction d’une future usine d’engrais chimiques.
Évalué à 500 milliards de FCFA et inscrit dans la programmation économique et budgétaire 2026 2028, ce projet devrait être réalisé dans le cadre d’un partenariat public privé. Pour l’heure, aucun rapprochement officiel entre Dangote et ce projet n’a été annoncé.
Mais l’intérêt affiché par le groupe nigérian pourrait modifier les perspectives du secteur. Entre l’augmentation des besoins agricoles, la dépendance persistante aux importations et les ambitions de développement de la production locale, le Cameroun apparaît comme un marché stratégique pour les acteurs africains des fertilisants.
Pour Dangote, l’enjeu semble désormais dépasser la simple commercialisation de produits fabriqués au Nigeria. La visite de Devakumar Edwin suggère en tout cas que le groupe étudie sérieusement les opportunités offertes par le marché camerounais. Reste maintenant à savoir si cet intérêt se traduira par de nouveaux investissements industriels ou commerciaux dans les prochaines années.
