Dans moins de deux semaines, la capitale gabonaise va se transformer en lieu d’examen. Du 29 juin au 1er juillet 2026, Libreville accueillera une mission internationale d’évaluation dans le cadre du deuxième cycle du mécanisme d’examen de l’application de la Convention des Nations Unies contre la corruption (CNUCC). Une étape concrète, attendue de longue date, qui place le Gabon sous le regard attentif de la communauté internationale.
L’équipe de visiteurs sera composée d’experts de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), accompagnés de représentants du Tchad et de la Libye, désignés comme pays examinateurs partenaires. Ensemble, ils passeront au crible deux volets fondamentaux de la Convention : les mesures nationales de prévention de la corruption d’une part, et les mécanismes de recouvrement des avoirs illicites de l’autre. Deux chapitres au cœur des préoccupations de gouvernance que le Gabon, comme de nombreux pays africains, doit encore consolider.
Ce n’est pas la première fois que le pays se soumet à cet exercice. Dès 2015, le Gabon avait déjà accueilli une mission similaire dans le cadre du premier cycle du mécanisme d’examen, qui portait alors sur l’incrimination et la coopération internationale. Le second cycle, lui, creuse davantage dans la prévention et la récupération des fonds détournés — deux domaines où les attentes des citoyens gabonais sont particulièrement fortes.
La préparation a été sérieuse et progressive. Dès octobre 2025, la Commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite (CNLCEI) avait lancé la phase d’auto-évaluation, mobilisant des experts issus de l’ensemble des administrations publiques pour collecter les données nécessaires. Fin novembre 2025, deux journées de restitution avaient permis de passer en revue les chapitres II et V de la Convention, en identifiant les avancées enregistrées mais aussi les failles qui subsistent. Un travail d’introspection institutionnelle rare, qui témoigne d’une volonté de ne pas se présenter les mains vides face aux examinateurs.
Plus récemment encore, la délégation gabonaise s’est rendue à Vienne en mai 2026 pour participer à la 17e session du Groupe d’examen de l’application de la CNUCC, conduite par Séraphin Ondoumba, commissaire membre de la CNLCEI et point focal de l’ONUDC. Sur place, le chef de délégation a affirmé devant les participants réunis au Centre international de Vienne que « le mécanisme d’examen a joué un rôle important dans le renforcement de notre gouvernance institutionnelle ». Des mots qui sonnent comme un engagement autant que comme un bilan.
Ce qui rend cet exercice particulièrement intéressant, c’est son état d’esprit. Le Gabon retient la dimension constructive et non punitive de ce mécanisme, fondée sur la coopération entre États parties — une approche qui favorise un climat de confiance et permet aux pays examinés de partager librement leurs réalités. Il ne s’agit donc pas d’un tribunal, mais d’un espace de dialogue où chaque lacune identifiée ouvre la voie à une recommandation concrète.
Concrètement, les trois jours de visite à Libreville seront consacrés à des échanges directs entre les experts internationaux et les acteurs institutionnels gabonais. L’objectif : dresser un état des lieux honnête, mesurer les progrès accomplis depuis le dernier cycle, pointer les obstacles qui freinent encore une lutte efficace contre la corruption, et formuler des recommandations pour renforcer le cadre juridique et institutionnel du pays.
Pour le Gabon, qui traverse depuis août 2023 une période de transition politique sous l’autorité du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), cet examen international arrive à un moment charnière. Afficher une coopération franche avec les mécanismes onusiens, c’est aussi envoyer un signal fort aux partenaires étrangers et aux investisseurs : celui d’un pays qui entend tourner la page de l’opacité et bâtir des institutions plus solides, plus transparentes, et plus redevables devant leurs citoyens.
