Annoncé le 7 octobre à Manille, aux Philippines, le programme Global Electronics Management entend répondre à un défi environnemental qui prend de l’ampleur avec la multiplication des téléphones, ordinateurs, téléviseurs et autres appareils électriques mis au rebut. Derrière ces équipements abandonnés se trouvent des matières qui peuvent être récupérées, mais aussi des substances potentiellement dangereuses lorsque les déchets sont mal traités.
Les chiffres illustrent l’urgence de la situation. En 2022, la planète a produit environ 62 millions de tonnes de déchets électroniques. Pourtant, seulement 22,3 % de ce volume ont été officiellement collectés et traités. Sans mesures supplémentaires, les projections annoncent jusqu’à 82 millions de tonnes par an d’ici 2030. Une évolution qui accentue la pression sur les systèmes de gestion des déchets et les ressources naturelles.
L’objectif est donc de sortir d’un modèle où les appareils sont rapidement jetés pour privilégier leur réparation, leur réutilisation et leur recyclage. Cette approche, au cœur de l’économie circulaire, doit permettre de limiter le gaspillage des matières premières, de réduire les risques de pollution et de faire émerger de nouvelles activités économiques autour de la seconde vie des équipements.
En Afrique, la première phase concernera le Botswana, Djibouti, l’Eswatini, l’Éthiopie, le Lesotho, le Mozambique, la Namibie, la Somalie et l’Afrique du Sud. Les interventions seront organisées autour de deux pôles régionaux : la Corne de l’Afrique, avec Djibouti, l’Éthiopie et la Somalie, et l’Afrique australe, où le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) accompagnera les six autres pays concernés.
Le dispositif ne se limite toutefois pas au continent africain. Le Cambodge, la Colombie, le Kazakhstan, le Pérou, les Philippines, la Turquie et le Vietnam participeront également à cette initiative internationale, portant à 16 le nombre de pays ciblés.
Sur le plan opérationnel, le programme s’appuie sur les ressources du Fonds pour l’environnement mondial. L’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) assurera sa mise en œuvre en collaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le PNUE et le Groupe de la Banque africaine de développement.
Au delà des équipements et des infrastructures de recyclage, les partenaires veulent aussi renforcer les règles encadrant la gestion des déchets électroniques. L’enjeu consiste à aider les États à mettre en place des politiques publiques adaptées, à structurer les filières de récupération et à créer des conditions favorables aux investissements privés.
Pour Henriette Christensen, spécialiste des technologies de l’information à la BAD, cette démarche doit notamment contribuer à stimuler le marché et à favoriser l’émergence d’activités capables de générer des emplois durables. La transition vers une gestion plus responsable des équipements électroniques pourrait ainsi représenter une opportunité économique, à condition que les filières de collecte et de traitement soient effectivement développées.
La réussite du programme dépendra également de la coopération entre les pouvoirs publics, les entreprises, les chercheurs et les organismes de normalisation. Pour Smail Alhilali, responsable à l’ONUDI, cette mobilisation collective est essentielle pour mieux gérer les produits électroniques à chaque étape de leur cycle de vie, de leur conception jusqu’à leur traitement en fin d’utilisation.
Avec cette enveloppe de 60 millions de dollars, la BAD et ses partenaires entendent ainsi faire de la gestion des déchets électroniques un levier à la fois environnemental et économique. Reste désormais à traduire cette ambition en résultats concrets sur le terrain, notamment en matière de collecte, de recyclage et de création d’emplois. Pour les pays africains concernés, le défi sera de transformer un problème croissant de pollution en une véritable filière de valorisation des ressources.
