Le sujet a été remis sur la table lundi 7 septembre 2026, lors d’une réunion consacrée à la sécurité numérique. Le vice président du gouvernement Hermann Immongault et le ministre de l’Économie numérique Mark Alexandre Doumba ont alors alerté sur une situation qualifiée de « critique ». Les attaques visant récemment la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) et le Conseil Gabonais des Chargeurs illustrent, selon les autorités, l’ampleur des menaces auxquelles sont désormais confrontées les infrastructures nationales.
À cette inquiétude s’ajoute l’utilisation massive des VPN depuis la suspension des réseaux sociaux décidée en février par la Haute Autorité de la Communication. Pour continuer à utiliser WhatsApp, Facebook, TikTok ou encore YouTube, de nombreux internautes se sont tournés vers ces réseaux privés virtuels. Selon NetBlocks, leur utilisation aurait alors bondi de 25 000 %.
Mais cette ruée vers les VPN suffit elle à expliquer la multiplication des alertes enregistrées par les systèmes numériques gabonais ? Rien ne permet, à ce stade, d’établir un lien direct entre les deux phénomènes.
Pour Didier Simba, consultant en sécurité numérique interrogé sur la question, la piste mérite néanmoins d’être examinée. L’expert pointe particulièrement les risques associés à certains VPN gratuits, dont les modèles économiques peuvent reposer sur l’exploitation des données de leurs utilisateurs.
Le problème devient plus sensible lorsque ces outils sont installés sur des appareils personnels également utilisés dans un environnement professionnel. Un téléphone ou un ordinateur compromis peut alors devenir une porte d’entrée potentielle vers des données ou des réseaux auxquels il est connecté.
Cette inquiétude est également relayée par Qemal Affagnon, de l’ONG Internet Sans Frontières. Dans une tribune largement relayée, celui ci mettait en garde contre l’idée selon laquelle un VPN gratuit constituerait automatiquement une protection contre le piratage ou les logiciels malveillants.
Pour autant, réduire les 900 000 alertes à l’utilisation des VPN serait prématuré. Une alerte de sécurité ne signifie pas nécessairement qu’une intrusion a effectivement abouti. Elle peut correspondre à une tentative détectée par les dispositifs de surveillance sans que l’attaquant soit parvenu à pénétrer le système ciblé.
D’autres facteurs doivent également être pris en compte, notamment le niveau de protection des infrastructures, la mise à jour des systèmes, la gestion des accès et le renouvellement des outils de sécurité. Des interrogations ont d’ailleurs été soulevées autour de la situation de certains dispositifs de protection informatique au sein des structures publiques.
Le contexte général de la cybersécurité au Gabon constitue également un élément à ne pas négliger. Le pays figure dans la catégorie « en évolution » de l’Indice mondial de cybersécurité de l’Union internationale des télécommunications, ce qui traduit des progrès mais aussi des marges importantes de renforcement, notamment sur le plan technique.
Dès lors, le débat dépasse largement la seule question des VPN. La suspension des réseaux sociaux a poussé une partie importante de la population vers des solutions de contournement dont la sécurité varie fortement d’un service à l’autre. Dans le même temps, les entreprises et administrations doivent composer avec des collaborateurs utilisant parfois leurs propres équipements pour accéder à des environnements professionnels.
Le paradoxe est alors évident. Alors que les autorités affichent leur ambition de faire du numérique un moteur de développement économique et de création d’emplois, la sécurisation de cet écosystème devient plus que jamais une priorité.
Les VPN ne sont donc ni nécessairement responsables des attaques constatées, ni une garantie absolue de sécurité. Leur utilisation massive dans un contexte de restriction numérique a toutefois créé une nouvelle variable dans l’équation. Pour déterminer leur rôle réel dans la hausse des menaces, une analyse technique approfondie des incidents et des infrastructures concernées reste indispensable.
Une chose apparaît désormais clairement : avec 900 000 alertes recensées en deux mois, le Gabon ne peut plus considérer la cybersécurité comme une question secondaire. La protection des données, des entreprises et des infrastructures stratégiques devient un enjeu majeur de souveraineté numérique.
