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Gabon : Bénéfices à l’étranger, facturation frauduleuse : comment 15,2 milliards de dollars d’écarts commerciaux ont fragilisé les recettes de l’État ?

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Ces montants sont issus de travaux de Global Financial Integrity cités dans les Perspectives économiques en Afrique centrale 2026 de la BAD. Ils correspondent aux différences observées entre les déclarations commerciales du Gabon et les données de ses partenaires. La BAD précise que ces écarts ne peuvent pas être assimilés automatiquement à des fraudes ou à des pertes fiscales. Leur ampleur constitue néanmoins un signal qui justifie, selon l’institution, un renforcement des contrôles.

Le phénomène peut prendre plusieurs formes. Une marchandise exportée peut être déclarée à une valeur différente de celle enregistrée à son arrivée dans le pays destinataire. À l’inverse, certaines importations peuvent être déclarées à des montants supérieurs ou inférieurs à leur valeur réelle. Dans un pays dont les exportations reposent largement sur les matières premières, de telles différences peuvent avoir des conséquences sur les revenus déclarés et, par conséquent, sur les montants susceptibles d’être imposés localement.

Le Gabon n’est d’ailleurs pas le seul pays de la sous région concerné. Sur la même période, les écarts de valorisation commerciale atteignent 21,3 milliards de dollars en République démocratique du Congo, 20,8 milliards au Cameroun et 8,6 milliards au Congo. Ces chiffres illustrent l’ampleur du problème auquel sont confrontées les administrations fiscales et douanières d’Afrique centrale.

La question des prix de transfert constitue également un autre point de vigilance. Ces prix sont utilisés lors des transactions entre différentes sociétés appartenant à un même groupe international. Le mécanisme est courant dans le commerce mondial, mais il peut devenir problématique lorsque les montants pratiqués permettent de déplacer artificiellement une partie des bénéfices vers une autre juridiction, notamment lorsque celle ci offre une fiscalité plus avantageuse.

Pour le Gabon, cette problématique concerne particulièrement les activités liées aux industries extractives. La BAD indique que les administrations doivent renforcer le ciblage des contribuables présentant les risques les plus importants et améliorer le contrôle des opérations susceptibles de favoriser le déplacement des bénéfices hors du territoire national.

Face à ces risques, l’institution recommande notamment une meilleure circulation des informations entre les Douanes, les administrations fiscales, les systèmes d’identification et les plateformes de paiement. Une coopération renforcée entre les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale pourrait également permettre de mieux suivre les opérations transfrontalières.

La BAD évoque ainsi des mécanismes capables de détecter plus rapidement les écarts inhabituels de prix dans les échanges entre pays. L’objectif est de permettre aux administrations de repérer plus efficacement les opérations présentant un risque fiscal et d’intervenir avant que les éventuelles pertes de recettes ne deviennent difficiles à récupérer.

Pour le Gabon, l’enjeu dépasse donc la seule surveillance des échanges commerciaux. Il touche directement à la capacité de l’État à sécuriser ses recettes dans un contexte où le pays cherche à renforcer la mobilisation des ressources nationales, notamment en dehors du secteur pétrolier. La BAD estime d’ailleurs que la numérisation peut contribuer à améliorer la mobilisation des recettes et à lutter plus efficacement contre la fraude et les flux financiers illicites. (Banque Africaine de Développement)

Derrière les 15,2 milliards de dollars d’écarts recensés sur dix ans, l’enjeu est ainsi de mieux connaître la valeur réelle des marchandises échangées et des bénéfices générés. Pour les autorités gabonaises, renforcer la traçabilité des opérations commerciales pourrait permettre de mieux protéger l’assiette fiscale et, à terme, de dégager davantage de ressources pour financer les priorités publiques.

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