Entre 2014 et 2024, les projets concernés ont représenté environ 5 % de l’ensemble des prêts accordés par la Banque mondiale. Mais les financements directement consacrés aux questions migratoires ne représentent que 15 milliards de dollars, soit environ 2 % des prêts de l’institution sur la période.
Le contraste est encore plus marqué lorsqu’il s’agit de mobilité professionnelle. Seulement 110 millions de dollars ont été consacrés à sept projets destinés à faciliter les déplacements internationaux de travailleurs ou à les préparer à intégrer un marché de l’emploi étranger. Une enveloppe qui représente environ 11 millions de dollars par an et une fraction infime des financements annuels de la Banque mondiale.
Cette différence se retrouve dans la nature même des projets soutenus. Sur 87 opérations faisant explicitement référence aux migrations, 80 sont principalement consacrées à la gestion de l’arrivée de réfugiés. À l’inverse, seuls sept projets placent la mobilité de la main d’œuvre au cœur de leur intervention.
Les financements se concentrent donc surtout sur les besoins immédiats des populations déplacées : accès aux services essentiels, formation professionnelle, aide humanitaire, accompagnement vers l’emploi et amélioration des relations avec les communautés d’accueil. L’approche reste ainsi largement tournée vers la gestion des conséquences des déplacements plutôt que vers les opportunités économiques que peut représenter la mobilité.
Pour les auteurs de l’analyse, le potentiel est pourtant important. Une progression même limitée de la mobilité internationale pourrait générer des gains économiques significatifs pour les travailleurs concernés, mais aussi pour leurs pays d’origine. Les transferts d’argent envoyés aux familles, les compétences acquises à l’étranger et le développement de nouvelles relations commerciales peuvent notamment contribuer à renforcer les économies locales.
Encore faut il préparer les candidats au départ. La formation professionnelle apparaît ainsi comme l’un des principaux leviers identifiés. L’enjeu consiste à rapprocher les compétences enseignées dans les pays d’origine des besoins des marchés étrangers, tout en permettant aux qualifications obtenues d’être reconnues au niveau international. Des initiatives sont déjà expérimentées dans des pays comme le Bangladesh, le Népal, la Papouasie Nouvelle Guinée et les Tonga.
L’accès aux emplois constitue un autre défi. Des accords entre États, des plateformes de recrutement, des salons professionnels ou encore un accompagnement administratif peuvent faciliter la mise en relation entre travailleurs et employeurs étrangers. En Papouasie Nouvelle Guinée, un financement de 32 millions de dollars soutient notamment des dispositifs destinés à aider les travailleurs et leurs familles à profiter des possibilités d’emploi en Australie et en Nouvelle Zélande.
Mais le bénéfice économique ne dépend pas uniquement du départ. Le retour sur investissement peut également se construire après l’expérience à l’étranger. La formation continue, la valorisation des compétences acquises et le maintien des liens avec le marché du travail du pays d’origine peuvent permettre de transformer une migration professionnelle en ressource durable pour l’économie.
Des initiatives privées et philanthropiques commencent déjà à s’engager dans cette direction, notamment pour accompagner de jeunes Africains dans leurs études et leur insertion professionnelle en Allemagne ou faciliter l’accès de réfugiés qualifiés aux programmes de migration professionnelle. Leur portée reste toutefois limitée au regard des besoins.
Le constat dressé par cette analyse met finalement en lumière un paradoxe : alors que la mobilité internationale peut générer des revenus, des compétences et de nouvelles opportunités économiques, les financements destinés à organiser cette mobilité restent encore faibles. La Banque mondiale dispose donc d’un champ d’intervention encore largement ouvert pour passer d’une logique de gestion des déplacements à une approche davantage tournée vers les possibilités économiques qu’ils peuvent créer.
La question est désormais de savoir comment reproduire à grande échelle les initiatives qui fonctionnent déjà. Pour les pays d’origine comme pour les travailleurs, l’enjeu est de faire de la migration non seulement un déplacement, mais aussi une source de compétences, de revenus et d’opportunités capables de produire des effets durables sur le développement.
