La reconduction de Thierry Minko constitue l’un des principaux enseignements de cette réorganisation. Le ministre conserve la responsabilité d’un projet de budget de 6 223,1 milliards de FCFA pour 2027, soit une hausse de 727,9 milliards par rapport à la loi de finances rectificative de 2026. Ce maintien intervient dans un contexte où l’État doit trouver les ressources nécessaires pour financer ses priorités, tout en maîtrisant l’évolution de ses engagements financiers.
Les besoins de financement annoncés atteignent 2 931,4 milliards de FCFA. Sur cette enveloppe, 1 144,1 milliards devraient être mobilisés sur les marchés financiers internationaux et 600 milliards sur le marché régional ou intérieur. Dans le même temps, les charges financières de la dette devraient passer de 487,6 milliards à 667,3 milliards de FCFA. Ces projections placent la mobilisation des ressources et la gestion de la dette au cœur des défis économiques du gouvernement.
La continuité concerne également Louise Pierrette Mvono, maintenue à la Planification et à la Prospective, ainsi que Clotaire Kondja au Pétrole et Sosthène Nguema Nguema aux Mines et aux Ressources géologiques. Le maintien de ces responsables permet de conserver les mêmes interlocuteurs sur plusieurs dossiers liés aux finances publiques, à la programmation des investissements et aux secteurs extractifs.
Autre changement notable, Marc Abeghe conserve son poste de ministre délégué auprès du ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, mais son portefeuille est désormais consacré à la lutte contre la vie chère. Le Budget ne figure plus dans l’intitulé de ses attributions. Cette évolution intervient alors que le pouvoir d’achat demeure une préoccupation importante pour les ménages.
La réorganisation la plus marquante sur le plan industriel concerne le regroupement du Commerce, de l’Industrie et de la Transformation au sein d’un même ministère, confié à Emmanuel Eyeghe Nze, également porte parole du gouvernement. Cette nouvelle configuration rassemble des compétences qui interviennent à différentes étapes du développement économique, depuis les échanges commerciaux jusqu’à la transformation des matières premières.
Dans le même temps, Zenaba Gninga Chaning prend la tête d’un ministère consacré aux PME et à l’Entrepreneuriat. La séparation de ce portefeuille vise à donner une place distincte aux petites et moyennes entreprises dans l’organisation gouvernementale. L’enjeu sera notamment de mieux articuler le développement industriel, la transformation locale des ressources et l’accompagnement des entrepreneurs.
Cette réorganisation prend une importance particulière au regard des ambitions affichées dans les secteurs minier, forestier et agricole. Pour 2027, les projections budgétaires tablent notamment sur une production de manganèse de 10,35 millions de tonnes et sur le démarrage d’une production de minerai de fer estimée à 1,5 million de tonnes. La capacité du pays à transformer davantage ses ressources sur place sera déterminante pour accroître la valeur ajoutée produite au Gabon et développer de nouvelles activités économiques.
Les changements concernent également les secteurs de l’énergie et des infrastructures. Olivier Mouckocko prend en charge l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, en remplacement de Philippe Tonangoye, tandis que Lambert Mouvinde Millot est nommé aux Travaux publics et à la Construction. Ulrich Manfoumbi Manfoumbi conserve, pour sa part, le ministère d’État des Transports, de la Marine marchande et de la Logistique. Mays Mouissi reste chargé du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre.
Ces portefeuilles seront particulièrement sollicités dans la mise en œuvre des projets d’investissement public. Pourtant, le projet de budget 2027 prévoit 1 058,4 milliards de FCFA de dépenses d’investissement, contre 1 169,1 milliards dans le collectif budgétaire de 2026. Cette baisse de 110,7 milliards de FCFA impose aux responsables concernés de concilier les besoins en infrastructures avec les ressources disponibles, notamment dans l’électricité, les routes et la construction.
Au-delà de ces changements, le remaniement intervient à un moment important pour le financement du Plan national de croissance et de développement 2026 à 2030. Ce programme prévoit de mobiliser 27 000 milliards de FCFA sur cinq ans, dont 10 000 milliards attendus du budget de l’État et 17 000 milliards du secteur privé et de financements innovants.
La nouvelle équipe gouvernementale devra donc assurer la continuité des dossiers financiers tout en donnant une nouvelle impulsion à plusieurs secteurs économiques. Le maintien des responsables des Finances, de la Planification, du Pétrole et des Mines traduit une stabilité sur des postes stratégiques, tandis que le regroupement de l’Industrie et du Commerce et les changements dans l’Énergie et les Travaux publics redessinent les responsabilités.
Le véritable enjeu sera désormais de traduire cette réorganisation en résultats concrets : mobiliser les financements annoncés, soutenir les entreprises, accélérer la transformation locale et améliorer les infrastructures. À l’approche de l’exercice budgétaire 2027, la capacité du gouvernement à concilier ambitions économiques, contraintes financières et attentes des populations sera déterminante.


















































