Au Gabon, la sécurité routière reste une préoccupation majeure, malgré les efforts engagés par les autorités. En 2025, les statistiques font état d’une baisse d’environ 6,7 % des accidents par rapport à l’année précédente, signe d’une amélioration relative. Mais sur le terrain, de nombreux usagers estiment que le danger reste bien présent, notamment la nuit.
L’arrêté N°0000007/MT/SG/DGSR du 11 juillet 2023, interdisant la circulation nocturne des véhicules de transport public de voyageurs entre 20h et 5h (hors Grand Libreville), visait justement à réduire les risques. Une mesure saluée, mais dont l’efficacité semble aujourd’hui limitée par des réalités persistantes.

En cause : la circulation continue des camions transportant des billes d’okoumé. Ces poids lourds, indispensables à l’économie forestière, sont régulièrement accusés de rouler à vive allure, avec des pleins phares agressifs, sur des routes souvent étroites et mal éclairées. Pour de nombreux automobilistes, ils représentent un danger constant.
Au-delà de la vitesse, c’est aussi le manque de signalisation en cas de panne qui inquiète. Allogo Hance se souvient d’une scène qui aurait pu virer au drame :
« C’est très dangereux. Je me rappelle, quand j’étais allé à Bitam, un pick-up avait esquivé un grumier en panne au milieu de la route. Il avait failli faire un tonneau. Le camion avait juste mis des feuilles pour signaler sa panne. »
Ce type de pratique, encore courant, illustre les insuffisances en matière de sécurité et de prévention sur les axes routiers. Dans l’obscurité, un obstacle mal signalé peut devenir un piège mortel.
L’analyse de la situation met en évidence une limite importante des mesures actuelles : elles ciblent certaines catégories de véhicules, mais laissent de côté d’autres sources majeures de danger. Or, la sécurité routière ne peut être efficace que si elle est pensée de manière globale, avec des règles claires et appliquées à tous.
Elle pose également la question du contrôle. L’absence de patrouilles régulières et les stratégies d’évitement de certains conducteurs de poids lourds affaiblissent considérablement l’autorité des dispositifs en place.
Face à cela, les attentes sont claires. Les usagers appellent à une réaction plus ferme des autorités, notamment du ministère de l’Intérieur et de celui de la Défense nationale. Renforcement des contrôles nocturnes, encadrement strict de la circulation des grumiers, obligation de signalisation conforme en cas de panne : autant de mesures qui pourraient réduire significativement les risques.
Car malgré les progrès annoncés, la route reste un espace d’incertitude pour de nombreux Gabonais. Et tant que certaines pratiques dangereuses persisteront, chaque trajet, surtout de nuit, continuera d’exposer les usagers à des risques évitables.