Sur le papier, 56 kilomètres ne devraient pas représenter une épreuve. Pourtant, entre Bifoun et Ndjolé, cette distance se transforme en un long calvaire pour les usagers, contraints de rouler pendant plus de deux heures sur une route dégradée, instable et parfois dangereusement impraticable.
Cet axe est loin d’être secondaire. Il constitue un lien essentiel entre plusieurs provinces stratégiques du Gabon, notamment le Woleu-Ntem, le Haut-Ogooué, l’Ogooué-Lolo et l’Ogooué-Ivindo. Il soutient les échanges économiques, facilite la circulation des biens et des personnes, et participe à l’unité territoriale. En clair, son état impacte bien plus que les seuls riverains.

Mais sur le terrain, le constat est préoccupant. La chaussée est marquée par des nids-de-poule profonds, des affaissements et des zones fortement dégradées qui ralentissent considérablement la circulation. À cela s’ajoute un facteur de risque majeur : la présence de ravins sur certains tronçons, sans aucune glissière de sécurité pour protéger les automobilistes. Une situation qui transforme chaque passage en pari.
Les conséquences sont déjà visibles. Des véhicules quittent régulièrement la chaussée, certains finissant hors de la route. Ces accidents, souvent évitables, traduisent un déficit évident d’entretien et d’aménagement.
Pour beaucoup d’usagers, cette route est devenue synonyme de fatigue, de stress et d’insécurité. Roland Ngoma, habitué de cet axe, en témoigne sans détour :
« Je fais ce tronçon le plus souvent et récemment j’étais en mission. J’ai emprunté cette route, mais elle est vraiment pénible. C’est un chemin que je déteste. Je préfère mille fois, quand je vais chez moi à Mayumba, supporter l’état de la route de Pégoudou que celui-ci. Mais hélas, souvent je n’ai pas le choix. »
Ce témoignage illustre un ressenti largement partagé : celui d’un abandon progressif d’un axe pourtant vital.
Derrière cette situation, une question de gouvernance des infrastructures se pose. L’absence d’entretien régulier, le retard dans les travaux de réhabilitation et le manque d’équipements de sécurité traduisent des limites dans la gestion de ce corridor stratégique. Or, une route de cette importance ne peut être laissée à un tel niveau de dégradation sans conséquences sur l’économie et la sécurité.
Les regards se tournent désormais vers le ministère des Travaux publics, attendu sur des mesures concrètes : réhabilitation effective de la chaussée, installation de dispositifs de sécurité adaptés et mise en place d’un suivi rigoureux des travaux.
Cette exigence est d’autant plus forte que, récemment, le chef de l’État a affiché sa fermeté sur les questions d’infrastructures en se rendant sur l’axe Libreville–Ntoum. Sur place, il a exigé une accélération des travaux, rappelant que la qualité du réseau routier est un pilier du développement national.
Dans ce contexte, difficile de comprendre pourquoi l’axe Bifoun–Ndjolé reste en retrait. L’enjeu dépasse le simple confort de circulation : il s’agit de sécurité publique, de continuité territoriale et d’efficacité économique.
Le temps du constat semble désormais dépassé. Pour les usagers, chaque trajet sur ce tronçon est une contrainte, parfois un danger. Et plus l’attente se prolonge, plus le risque devient la norme.