De Nioye 1 à Ndougou, en passant par Tranquille, Embamboa, Ossimba ou Divanga, le constat s’avère saisissant. Dans ces hameaux enclavés, une grande partie des habitants dits « Pygmées » ne possède aucun document officiel attestant de leur nationalité gabonaise. Une réalité devenue insupportable pour les villageois.
Rencontré dans le calme de Tchibanga Village par nos confrères de La Lettre Verte, Jean-Marie Embo, la quarantaine révolue, ne cache pas son amertume : « Nous rencontrons beaucoup de problèmes ici. L’un d’eux, c’est la situation des personnes sans jugement. On nous avait promis que cette question serait réglée, mais jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons pas de suite. », a-t-il confié.
Cet effacement administratif entrave l’accès aux soins de santé, à la scolarisation des enfants et au marché du travail formel. Pour tenter d’endiguer ce fléau, Denis Massande, président de l’Association pour le Développement des Communautés Pygmées du Gabon (ADCPPG), prépare un recensement exhaustif afin de mesurer l’ampleur exacte des besoins.
Des promesses non tenues face à un drame mondial
À l’échelle locale, la sous-préfecture d’Ikobey comptabilise environ 294 personnes directement touchées et annonce avoir noué un partenariat avec un organisme international pour délivrer des jugements supplétifs. Mais sur le terrain, les avancées demeurent très lentes. Dès 2021, un projet gouvernemental prévoyant la distribution de 1 000 actes de naissance par province avait été annoncé pour sortir les enfants oubliés de l’ombre, sans jamais se concrétiser sur le terrain.
Cette situation reflète un drame bien plus large. Selon la Banque mondiale, si les peuples autochtones représentent 6,2 % de la population globale, au moins deux tiers d’entre eux souffrent d’apatridie en raison de leur éloignement géographique et de discriminations historiques.
Un principe d’égalité mis à rude épreuve
Pourtant, l’article premier de la Constitution gabonaise consacre l’égalité de tous les citoyens devant la loi, sans distinction d’origine ou d’ethnie. Dans les forêts de la Ngounié, ce texte fondateur se heurte à un vide juridique flagrant. Alors que leur contribution à la protection de la biodiversité et des forêts est essentielle, ces gardiens du patrimoine forestier demeurent invisibles pour la République, privés du document fondamental qui prouve leur existence légale
