Les chiffres disponibles donnent une idée de l’ampleur du chantier. Entre 2020 et 2024, le Gabon a produit en moyenne environ 4 150 tonnes de viande de poulet par an, contre près de 74 319 tonnes importées en moyenne sur la même période, selon des données de la FAO rapportées par plusieurs sources.
L’écart est considérable. Il montre que l’arrêt des importations ne peut pas se limiter à une décision commerciale. Il suppose une transformation rapide de toute la chaîne avicole, depuis la production de poussins et d’aliments jusqu’à l’élevage, l’abattage et la distribution.
Le gouvernement gabonais a justement engagé plusieurs actions pour préparer cette transition. Le Plan opérationnel d’urgence de la filière avicole doit notamment accompagner la montée en puissance de la production nationale. En mai 2026, cinq conventions d’investissement d’un montant global annoncé de plus de 775 milliards de francs CFA ont été signées pour développer des infrastructures agro industrielles, des fermes avicoles intégrées et des unités de production d’aliments pour bétail.
La Société meunière et avicole du Gabon (SMAG) a également annoncé vouloir atteindre une production annuelle de 120 000 tonnes de poulet de chair, avec une hausse de 20 % de sa production et un renforcement de l’approvisionnement en poussins sur le territoire national.
L’objectif est donc désormais de faire passer la filière à une autre échelle. Car pour que l’interdiction des importations soit soutenable, les producteurs gabonais devront être capables de répondre à une demande qui dépasse largement les capacités historiques de la production locale.
Pour préparer cette mutation, Libreville regarde également du côté du Sénégal. En mars 2026, le ministre gabonais de l’Agriculture, Pacôme Kossy, a effectué une mission de travail à Dakar consacrée à la structuration de la filière avicole. La délégation gabonaise a notamment visité des installations de production et échangé avec des acteurs de l’interprofession et de la formation avicole.
L’expérience sénégalaise constitue une source d’inspiration pour le Gabon. Dakar a mis en place depuis 2005 une politique de restriction des importations de produits avicoles et développé progressivement sa production nationale. Le modèle est aujourd’hui étudié par Libreville pour identifier les mécanismes pouvant être adaptés au contexte gabonais.
Au Gabon, l’enjeu sera toutefois de réussir cette transition sans créer de déséquilibre sur le marché. Une montée trop lente de la production pourrait exercer une pression sur l’approvisionnement et les prix. À l’inverse, une filière suffisamment structurée pourrait permettre de créer des emplois, de développer les activités d’élevage et de réduire progressivement la dépendance du pays aux produits importés.
Cette transformation intervient par ailleurs dans un contexte commercial devenu plus sensible. Lors du Conseil des ministres du 18 septembre 2026, le gouvernement a annoncé avoir été interpellé par les États Unis auprès de l’Organisation mondiale du commerce au sujet de l’interdiction prévue au 1er janvier 2027. Libreville prépare une stratégie fondée sur les exceptions prévues par les accords de l’OMC et sur la négociation diplomatique.
Le même Conseil des ministres a fait état d’arriérés de contribution du Gabon auprès de l’OMC, évalués à 228 997 francs suisses, soit environ 164 millions de francs CFA. Selon le communiqué officiel, cette situation entraîne des restrictions d’accès de la Mission permanente du Gabon aux documents et informations de l’organisation.
À quelques mois de l’échéance, le Gabon doit donc avancer sur plusieurs fronts à la fois : augmenter rapidement sa production avicole, structurer les acteurs de la filière, sécuriser l’approvisionnement en intrants et préparer sa défense sur le plan commercial.
Le véritable défi sera désormais de faire coïncider la décision politique avec les capacités réelles du marché. Pour remplacer durablement les importations, le Gabon devra non seulement produire davantage, mais aussi garantir une offre régulière, accessible et suffisamment compétitive.
Le 1er janvier 2027 ne sera donc pas seulement la date de l’entrée en vigueur d’une interdiction. Ce sera surtout un test grandeur nature pour la capacité du Gabon à transformer sa dépendance aux importations en une filière avicole locale capable de nourrir le marché, créer de l’activité et soutenir l’ambition de souveraineté alimentaire.
