Le sujet a été examiné lors du Conseil des ministres du 18 septembre 2026, réuni à Port Gentil. Selon le communiqué officiel, le gouvernement a pris acte de l’interpellation du Gabon par les États Unis au sein de l’OMC. Pour y répondre, les autorités annoncent l’élaboration d’une stratégie nationale reposant à la fois sur les exceptions prévues par les accords de l’organisation et sur la négociation diplomatique.
Cette réaction intervient alors que Libreville maintient son calendrier. Depuis mai 2025, le gouvernement prévoit d’interdire l’importation de poulet de chair à compter du 1er janvier 2027. La mesure s’inscrit dans une politique visant à développer la production avicole nationale, réduire la dépendance aux importations et encourager les investissements dans la filière locale.
Pour les autorités gabonaises, l’objectif est de permettre à la production nationale de prendre progressivement davantage de place sur le marché. Lors d’une communication en juin 2025, la Présidence avait notamment évoqué la réhabilitation des élevages existants, la création de centres d’élevage modernes, la formation de jeunes agriculteurs et le développement d’un marché du poulet produit localement.
Mais l’échéance approche désormais avec une difficulté supplémentaire : le désaccord commercial avec Washington. Le gouvernement doit défendre sa politique tout en veillant à ce que la mesure envisagée soit compatible avec les engagements internationaux du Gabon.
Le communiqué du Conseil des ministres ne détaille toutefois pas la nature exacte de l’interpellation américaine, les arguments présentés par Washington ou encore la procédure engagée au sein de l’OMC. Il ne précise pas non plus quelles exceptions prévues par les accords de l’organisation seront invoquées par Libreville.
Cette absence de détails laisse encore plusieurs questions ouvertes sur la suite du dossier. Le calendrier des discussions avec la partie américaine, les modalités de la stratégie annoncée et les arguments juridiques qui seront avancés par le Gabon devront notamment être précisés.
Sur le plan intérieur, l’enjeu reste tout aussi important. La décision d’interdire les importations doit en effet s’accompagner d’une montée en puissance de la production locale. Dès septembre 2025, le gouvernement avait annoncé l’organisation d’un forum consacré à la filière avicole, avec notamment le recensement des éleveurs et des producteurs d’aliments afin de préparer la mise en œuvre de cette interdiction.
Le dossier se retrouve ainsi au croisement de plusieurs priorités : souveraineté alimentaire, développement de l’agriculture, soutien aux producteurs locaux et respect des engagements commerciaux internationaux.
Pour Libreville, la prochaine étape sera donc de défendre sa politique avicole sans fermer la porte au dialogue avec Washington. Le gouvernement affirme vouloir prévenir tout contentieux commercial et préserver les intérêts économiques du pays, tout en maintenant l’échéance du 1er janvier 2027.
À trois mois de cette date, le compte à rebours est désormais lancé. Le Gabon doit à la fois renforcer sa filière avicole nationale et convaincre sur le terrain diplomatique et juridique que sa décision peut s’inscrire dans le cadre des règles de l’OMC. L’issue de ces discussions pourrait ainsi déterminer les conditions dans lesquelles le pays mettra en œuvre l’une de ses principales mesures de soutien à la production avicole locale.
