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Le règlement européen sur la déforestation, dont l’entrée en vigueur est prévue le 30 décembre 2026, impose aux entreprises qui souhaitent commercialiser certains produits sur le marché européen de démontrer qu’ils ne sont pas issus de terres récemment déboisées. Pour le bois, cela implique notamment de pouvoir retracer précisément son origine et de fournir des informations détaillées sur les parcelles exploitées.

Pour les opérateurs gabonais, ces nouvelles exigences représentent un changement important dans les conditions d’accès au marché européen. Traçabilité, contrôles, certifications et démarches administratives viennent alourdir les procédures et peuvent également augmenter les coûts liés à l’exportation.

Dans ce contexte, certains acteurs de la filière réévaluent l’attractivité du marché communautaire et cherchent de nouveaux débouchés. L’Asie apparaît alors comme une destination privilégiée, portée par une demande importante en bois tropicaux.

Les chiffres illustrent déjà cette tendance. En 2023, le Gabon aurait exporté pour 837,25 millions de dollars de produits issus de la filière bois, soit environ 502 milliards de FCFA. La Chine représentait à elle seule 39,5 % des exportations, pour une valeur estimée à près de 198,4 milliards de FCFA.

L’Inde occupait également une position importante avec 16,1 % des exportations, soit environ 80,9 milliards de FCFA. À ces deux marchés majeurs s’ajoutent d’autres pays asiatiques, notamment le Bangladesh et le Pakistan, dont la demande en essences africaines contribue à renforcer progressivement le poids du continent dans les échanges commerciaux du Gabon.

Cette dynamique est particulièrement visible autour de l’okoumé, une essence emblématique de la forêt gabonaise et très recherchée sur les marchés internationaux. Après une période de ralentissement, la demande chinoise semble notamment reprendre de la vigueur, renforçant encore l’importance de Pékin dans la filière.

Pour Libreville, ce déplacement des flux commerciaux représente à la fois une opportunité et un défi. La multiplication des débouchés permet de réduire le risque lié à une concentration excessive des exportations sur un seul marché. Mais elle pourrait aussi créer une nouvelle dépendance si les entreprises gabonaises deviennent trop fortement tributaires de la demande asiatique.

L’autre enjeu se situe dans la capacité du Gabon à préserver les acquis de sa politique de transformation locale. Depuis l’interdiction de l’exportation des grumes en 2010, le pays cherche à développer une industrie capable de transformer davantage le bois sur son territoire avant son expédition à l’étranger.

Le défi consiste donc désormais à réussir ce changement de destination sans revenir à une simple logique d’exportation de matières premières. En conquérant les marchés asiatiques, le Gabon devra également promouvoir des produits transformés à plus forte valeur ajoutée afin que les retombées économiques de cette activité profitent davantage à l’économie nationale.

Avec plus de 500 milliards de FCFA d’exportations de bois en jeu, le déplacement progressif des échanges vers l’Asie dépasse ainsi la seule question commerciale. Il pourrait redessiner durablement les équilibres de la filière bois gabonaise et obliger Libreville à repenser sa stratégie d’accès aux grands marchés internationaux.

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