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Gabon : 403 milliards de FCFA d’impôts non perçus en 2024, les exonérations fiscales profitent elles réellement aux Gabonais ?

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Selon la Revue des finances publiques du Gabon publiée par la Banque mondiale, le manque à gagner lié à ces exonérations a atteint un niveau considérable. Derrière ce montant se trouve un choix de politique économique : l’État accepte de percevoir moins d’impôts dans l’espoir de favoriser les investissements, soutenir certaines activités et stimuler la croissance. Mais encore faut il pouvoir mesurer les résultats obtenus en contrepartie.

Le problème soulevé concerne notamment le suivi de ces avantages fiscaux. En l’absence d’une évaluation systématique suffisamment développée, il reste difficile de déterminer dans quelle mesure les exonérations accordées se traduisent par des emplois supplémentaires, des investissements durables ou un meilleur transfert de compétences vers les travailleurs gabonais. Autrement dit, l’État peut renoncer à des recettes importantes sans disposer de garanties suffisantes sur les bénéfices économiques et sociaux générés.

Cette situation intervient alors que les finances publiques doivent répondre à de nombreuses priorités, notamment le financement des infrastructures, l’amélioration des services publics et le soutien au pouvoir d’achat. Dans un contexte marqué par le poids de la dette et la dépendance aux revenus pétroliers, chaque recette non perçue représente un enjeu pour les capacités d’action de l’État.

La répartition des exonérations révèle également des écarts importants entre les secteurs. L’industrie extractive, qui regroupe notamment le pétrole et les mines, concentre 31 % des avantages recensés. Ces dispositifs peuvent répondre aux besoins d’investissements lourds et de long terme propres à ces activités. Toutefois, leur importance pose la question des bénéfices effectivement générés pour l’économie nationale, notamment en matière d’emplois locaux et de retombées pour les entreprises gabonaises.

D’autres secteurs bénéficient également de ces mesures. Les brasseries représentent 8 % des exonérations, tandis que les établissements bancaires en concentrent 6 %. Cette répartition relance le débat sur les critères utilisés pour accorder des allègements fiscaux et sur leur cohérence avec les priorités économiques du pays.

Le dispositif destiné à lutter contre la vie chère constitue un autre point sensible. Selon les données rapportées, 23 milliards de FCFA d’exonérations ont été consacrés aux produits de première nécessité. L’objectif est de limiter la pression sur les prix et de préserver le pouvoir d’achat des ménages. Mais pour que cette politique produise pleinement ses effets, il est essentiel de vérifier que les avantages consentis se répercutent réellement sur les prix payés par les consommateurs, plutôt que de bénéficier principalement aux intermédiaires de la chaîne commerciale.

Face à ces enjeux, la Banque mondiale recommande une meilleure maîtrise des régimes dérogatoires, un ciblage plus précis des bénéficiaires et des mécanismes de contrôle permettant d’évaluer les résultats obtenus. Un suivi régulier, accompagné de rapports détaillés sur le coût et l’efficacité des exonérations, permettrait notamment de mieux informer les décideurs publics et de renforcer la transparence dans la gestion des finances publiques.

Pour le Gabon, l’objectif n’est donc pas nécessairement de supprimer tous les avantages fiscaux, mais de s’assurer que chaque exonération répond à un intérêt économique clairement identifié et produit des résultats mesurables. Dans un pays qui cherche à diversifier son économie et à mobiliser davantage de ressources pour son développement, la question devient incontournable : les 403 milliards de FCFA auxquels l’État a renoncé en 2024 constituent ils un véritable investissement pour l’avenir du Gabon ou un manque à gagner dont les populations ne perçoivent pas suffisamment les bénéfices ?

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