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Libreville – Malgré les efforts engagés par les autorités pour lutter contre la vie chère, de nombreux ménages gabonais continuent de faire face à une réalité économique de plus en plus difficile. Dans les marchés, les boutiques de quartier et les grandes surfaces, les prix de plusieurs produits de consommation courante restent élevés, réduisant considérablement le pouvoir d’achat de nombreuses familles.

Pour beaucoup de consommateurs, remplir son panier devient chaque jour un peu plus compliqué.

Des produits de plus en plus inaccessibles

Aujourd’hui, certains produits alimentaires autrefois considérés comme accessibles sont devenus presque des produits de luxe pour une partie de la population.

Une petite boîte de cassoulet coûte désormais environ 2 500 francs CFA, tandis que la grande boîte atteint près de 4 500 francs CFA. Le maquereau en conserve se négocie autour de 1 200 francs CFA et certaines boîtes de sardines dépassent les 600 francs CFA.

Une situation qui pousse de nombreux ménages à revoir leurs habitudes alimentaires.

Dans plusieurs quartiers de Libreville, d’Owendo, d’Akanda et de l’intérieur du pays, des familles expliquent devoir réduire certaines dépenses ou limiter la consommation de produits importés pour pouvoir équilibrer leur budget mensuel.

Pour certains citoyens, bien manger devient parfois un privilège réservé aux grandes occasions.

« Aujourd’hui, pour consommer certains produits, il faut pratiquement être nanti. Beaucoup de personnes attendent les fêtes, les mariages, les anniversaires ou même les cérémonies familiales pour manger certains plats qu’elles ne peuvent plus s’offrir régulièrement », confie un habitant de la capitale.

Une dépendance persistante aux produits importés

L’un des constats les plus souvent évoqués est la forte dépendance du pays à l’égard des produits alimentaires venus de l’extérieur.

Alors que le Gabon dispose d’importantes ressources agricoles, halieutiques et forestières, une grande partie de la consommation quotidienne repose encore sur des produits importés dont les prix sont soumis aux fluctuations du marché international, aux coûts du transport et aux contraintes logistiques.

Pourtant, de nombreux observateurs estiment que le pays possède les moyens de réduire cette dépendance.

Les feuilles de manioc, l’oseille, l’aubergine, les épinards, le nkumu, le manioc sous diverses formes, le poisson frais, les produits de la pêche artisanale et de nombreux autres aliments constituent une richesse culinaire souvent sous-exploitée.

Le défi du consommer local

Face à cette situation, plusieurs voix appellent à un changement de comportement collectif.

Pour Franck Ndong, le véritable défi réside aussi dans la valorisation de notre propre patrimoine alimentaire.

« Consommons ce que nous produisons devrait être l’idée de chaque Gabonais. Nous avons une richesse culturelle et culinaire exceptionnelle. Hélas, nous ne valorisons pas suffisamment notre propre nourriture. »

Cette réflexion rejoint les ambitions affichées par les pouvoirs publics qui encouragent le développement de la production locale à travers diverses initiatives destinées à soutenir les cultivateurs, les éleveurs, les pêcheurs et les transformateurs locaux.

La mise en place de mécanismes visant à faciliter l’approvisionnement des ménages en produits de première nécessité s’inscrit également dans cette volonté de lutter contre la vie chère.

Mais pour de nombreux citoyens, ces efforts devront être accompagnés d’une véritable révolution des habitudes de consommation.

Valoriser notre identité alimentaire

Pour Yann Mvou, la valorisation des produits locaux passe aussi par la communication.

« Quand nous regardons la télévision, nous voyons souvent des publicités pour des produits venus d’ailleurs comme le couscous. Pourquoi ne pas faire davantage la promotion des feuilles de manioc, de l’odika ou d’autres produits de chez nous ? C’est aussi cela valoriser notre identité culturelle. »

Cette remarque soulève une question primordiale : comment développer une économie locale forte si les produits nationaux restent insuffisamment visibles dans les médias, les écoles et les habitudes de consommation ?

Pour plusieurs spécialistes du développement, promouvoir les produits locaux ne consiste pas seulement à soutenir les producteurs. Il s’agit également de renforcer l’identité culturelle nationale et de créer davantage de richesses au sein du pays.

Une question de génération et d’éducation

Les habitudes alimentaires évoluent également avec les générations.

Alane observe une différence marquée entre les jeunes d’aujourd’hui et ceux de son époque.

« Les enfants d’aujourd’hui choisissent beaucoup leur nourriture. Ils mangent moins le manioc et certains aliments traditionnels. Nous, à notre époque, nous consommions davantage de produits naturels et biologiques, et cela coûtait beaucoup moins cher. »

Cette évolution des comportements alimentaires préoccupe certains parents qui redoutent une perte progressive des traditions culinaires gabonaises.

Le poids des mentalités

Au-delà des questions économiques, plusieurs citoyens estiment que le changement doit également venir de la société elle-même.

Un participant à notre enquête résume ainsi son point de vue :

« Notre problème est aussi une question de mentalité. Nous avons parfois du mal à changer nos habitudes. Même lorsque l’État met en place des solutions, nous continuons souvent à privilégier les produits importés. »

Une analyse partagée par de nombreux observateurs qui considèrent que la lutte contre la vie chère nécessite à la fois des politiques publiques efficaces et une prise de conscience collective.

Une responsabilité partagée

La hausse du coût de la vie reste aujourd’hui l’une des préoccupations majeures des Gabonais. Si les efforts des autorités pour soutenir le pouvoir d’achat sont salués, les populations attendent davantage de résultats concrets sur les prix pratiqués au quotidien.

Parallèlement, la promotion du « consommer local » apparaît comme une piste sérieuse pour réduire la dépendance aux importations et soutenir l’économie nationale.

Le défi est donc double : poursuivre les actions publiques en faveur de la baisse du coût de la vie tout en encourageant les citoyens à redécouvrir et à valoriser les richesses agricoles, halieutiques et culinaires du Gabon.

Car au-delà des chiffres et des prix affichés sur les étals, la question de la vie chère est aussi celle de notre souveraineté alimentaire, de nos habitudes de consommation et de notre capacité collective à faire confiance à ce que notre pays produit.

À l’heure où de nombreux ménages peinent à remplir leur panier, le débat mérite plus que jamais d’être posé : comment rendre les produits accessibles à tous tout en construisant une économie alimentaire plus forte, plus locale et plus durable ?

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