Cette situation intervient alors que l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA) avait déjà alerté, quelques mois plus tôt, sur les risques liés à l’utilisation d’emballages usagés pour le conditionnement des boissons artisanales. Malgré ces rappels, la pratique semble toujours présente dans certains circuits de vente informels, notamment autour des établissements scolaires.
Avec la rentrée, les vendeurs ambulants reprennent en effet leurs habitudes aux abords des écoles. Dès les heures de pause, les élèves peuvent se procurer différentes boissons artisanales auprès de commerçants installés à proximité des établissements. Mais derrière ces produits vendus à prix accessibles se pose une question essentielle : dans quelles conditions les contenants utilisés ont-ils été récupérés, nettoyés et réutilisés ?
Le parcours de certaines bouteilles constitue l’une des principales sources d’inquiétude. Certaines peuvent avoir été abandonnées dans des espaces publics, des décharges ou encore des caniveaux avant d’être récupérées pour servir à nouveau au conditionnement de boissons. Leur nettoyage dans un environnement artisanal ne garantit pas nécessairement l’élimination de l’ensemble des contaminants auxquels elles ont pu être exposées.
À cela s’ajoute l’état du plastique. Au fil des utilisations, les bouteilles peuvent présenter des rayures ou des signes d’usure susceptibles de compliquer leur assainissement. Lorsque ces contenants sont ensuite remplis avec des boissons sucrées ou lactées, une mauvaise maîtrise des conditions de préparation, de conservation ou de manipulation peut favoriser la prolifération de microorganismes.
Pour les professionnels de santé, la prudence demeure donc de mise, particulièrement lorsqu’il s’agit d’enfants. Le Dr Ndong Bekale Vivian, médecin généraliste, rappelle que des bouteilles récupérées dans des environnements insalubres peuvent exposer les consommateurs à différents risques lorsque les règles d’hygiène ne sont pas correctement respectées. Des infections d’origine bactérienne ou virale peuvent notamment survenir dans certaines conditions de contamination.
La question dépasse ainsi le simple choix du contenant. Elle concerne l’ensemble de la chaîne, depuis la qualité de l’eau utilisée jusqu’à la préparation, au stockage et à la distribution des boissons. Pour limiter les risques, les professionnels insistent sur la nécessité d’un contrôle rigoureux des conditions d’hygiène.
Les autorités sanitaires ont d’ailleurs déjà engagé des actions de sensibilisation auprès des vendeurs. Dans la province de la Ngounié, notamment à Mouila, Yannicka Prudence Ada Zue Ondo, directrice provinciale de l’AGASA, avait rappelé aux vendeurs de boissons fermentées la nécessité d’utiliser de l’eau potable et des contenants adaptés. Les bouteilles neuves et les sachets conformes sont notamment privilégiés afin d’éviter le recours à des emballages ayant déjà servi.
Ces recommandations s’inscrivent dans le cadre réglementaire applicable à la sécurité sanitaire des aliments. L’article 591 du texte sanitaire prévoit notamment le retrait des emballages réutilisables lorsqu’ils présentent des signes d’usure et impose l’utilisation de matériaux propres et adaptés pour le conditionnement des liquides.
En cette période de rentrée scolaire, la persistance des bouteilles de récupération autour des établissements pose donc à nouveau la question du contrôle des produits proposés aux élèves. Si la responsabilité incombe aux vendeurs de respecter les règles sanitaires, la surveillance des points de vente et la sensibilisation des consommateurs demeurent également essentielles.
Car derrière une simple bouteille de jus vendue à quelques centaines de francs se joue aussi un enjeu de santé publique : celui de garantir aux élèves des produits préparés et conditionnés dans des conditions compatibles avec les exigences sanitaires.

















































