Derrière les statistiques du chômage, une autre réalité apparaît au Gabon : celle d’un marché du travail largement invisible aux yeux de l’administration.
Une enquête nationale menée en 2024 avec l’appui de la Banque mondiale révèle un constat préoccupant. Si le chômage est estimé à 17,4 %, soit un peu plus de 108 000 personnes, le véritable enjeu se situe ailleurs : dans la manière dont le travail est déclaré et encadré.
Selon cette étude, à peine 13,5 % des employeurs déclarent leurs salariés auprès de la CNSS Gabon. Autrement dit, une large majorité des travailleurs évolue en dehors du système officiel de protection sociale.
Cette situation reflète une réalité bien connue mais difficile à enrayer : celle d’une économie où l’informel reste dominant. Près d’un travailleur sur deux exerce dans ce secteur, souvent sans contrat stable, sans couverture sociale et sans garantie pour l’avenir.
Pour beaucoup, cela signifie une forme d’incertitude permanente. Travailler, oui, mais sans filet de sécurité en cas de maladie, d’accident ou de retraite.
Ce déséquilibre fragilise également les institutions sociales. Moins d’emplois déclarés signifie moins de cotisations, donc moins de ressources pour financer la protection des travailleurs déjà inscrits dans le système.
Face à ce constat, les autorités envisagent plusieurs pistes. L’une des principales est la modernisation du système de déclaration des emplois, avec la création d’un registre unique des entreprises et la mise en place d’outils numériques centralisés.
Un projet de plateforme de déclaration unique des salaires est notamment prévu dans les prochaines années, dans le cadre d’une stratégie plus large de digitalisation administrative.
Mais au-delà des outils, le véritable défi reste humain et économique : comment inciter les entreprises à formaliser l’emploi dans un contexte où l’informalité est souvent une solution de survie ?
L’enquête ne se contente donc pas de dresser un bilan. Elle met surtout en lumière une question de fond : celle de la capacité du pays à transformer un marché du travail largement informel en un système plus structuré, plus stable et plus protecteur.
















































