La filière huile de palme, pilier de la diversification économique que le Gabon espérait dynamiser, se heurte à un obstacle inattendu : la faune sauvage. Dans les plantations de Mouila et de Kango, des troupeaux d’éléphants multiplient les incursions, détruisant des régimes entiers de palme et perturbant durablement les récoltes. Le quatrième trimestre 2025 illustre l’ampleur du phénomène : la production d’huile de palme brute a chuté de 26,4 %, pour atteindre seulement 22 458,6 tonnes, soit une perte de plus de 4 milliards de francs CFA pour les opérateurs sur trois mois.
Au-delà de l’impact financier, ces intrusions compliquent la logistique et désorganisent les cycles de récolte. La main-d’œuvre se fait plus rare face aux risques, aggravant encore la tension sur la filière. Ce paradoxe symbolise la difficile équation à laquelle Libreville doit faire face : comment concilier la protection des éléphants de forêt, emblèmes de la richesse naturelle du pays, et la rentabilité d’un secteur stratégique pour l’économie nationale ?
Dans un contexte régional concurrentiel, où la Côte d’Ivoire affirme sa position de leader, le Gabon voit ses ambitions freiner. Les pertes de production menacent non seulement l’approvisionnement des raffineries locales, mais aussi la confiance des investisseurs étrangers séduits par le potentiel agricole du pays.
Pour inverser la tendance, les autorités explorent des solutions technologiques et sécuritaires : clôtures électriques renforcées, drones de surveillance et monitoring des troupeaux. Mais ces mesures nécessitent des investissements conséquents et risquent de peser sur des marges déjà fragilisées.
Sans une coordination rapide entre les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, le risque est de voir cette filière vitale pour la sécurité alimentaire et la diversification économique s’enliser. Au Gabon, champion de l’écologie en Afrique centrale, la biodiversité devient à la fois richesse et défi stratégique pour l’économie.
















































