Dans une récente intervention sur les réseaux sociaux, l’ancien ministre de l’Environnement, le professeur Lee White, a rappelé la valeur marchande de cette racine et les enjeux liés à son exploitation à l’international. En réaction à un article du quotidien britannique The Guardian, il a notamment souligné l’ancienneté de son utilisation, évoquant des découvertes archéologiques qui attesteraient de sa présence dans les pratiques humaines avant notre ère.
L’intérêt économique de l’iboga s’est concrétisé en 2022, lorsque Lee White affirme avoir autorisé une première transaction légale conforme au Protocole de Nagoya, au bénéfice d’une coopérative villageoise du nord-est du Gabon. Selon ses explications, l’écorce de racine séchée a alors été négociée à 2 000 euros le kilogramme, soit environ 1,31 million de FCFA. Un prix qui devait, selon les engagements évoqués, progresser jusqu’à 6 000 euros, l’équivalent d’environ 3,93 millions de FCFA le kilogramme.
Une telle évolution représenterait une hausse substantielle de la valeur de cette ressource et pourrait améliorer les revenus des communautés qui la récoltent. Elle met surtout en lumière une question essentielle : comment faire en sorte que les populations gabonaises bénéficient réellement de la valeur créée à partir d’une plante issue de leur patrimoine naturel et culturel ?
Pendant des années, l’exploitation de l’iboga aurait largement échappé à un cadre de partage des bénéfices. Lee White affirme que des prélèvements et des exportations ont alimenté des plantations à l’étranger, ainsi que des travaux de recherche et des activités thérapeutiques dans plusieurs pays, sans que le Gabon en tire nécessairement une rémunération équitable. Il dénonce ainsi des pratiques qu’il assimile à de la biopiraterie, un terme qui désigne l’appropriation de ressources biologiques ou de savoirs traditionnels sans autorisation appropriée ni partage juste des avantages.
Le Protocole de Nagoya constitue précisément un cadre international destiné à encadrer l’accès aux ressources génétiques et à favoriser un partage juste et équitable des bénéfices découlant de leur utilisation. Pour le Gabon, son application à l’iboga représente donc un levier potentiel afin de mieux protéger ses ressources et de reconnaître les connaissances traditionnelles qui leur sont associées.
Au-delà de son importance culturelle, l’iboga intéresse également la recherche scientifique, notamment en raison de l’ibogaïne, un composé étudié pour ses effets potentiels dans le traitement de certaines dépendances et d’autres troubles neurologiques. Toutefois, ces pistes de recherche ne signifient pas que son efficacité et son innocuité sont établies pour toutes les pathologies évoquées. L’ibogaïne présente notamment des risques médicaux sérieux, ce qui impose un encadrement strict de son utilisation.
Pour Lee White, la question dépasse ainsi la seule vente de matière première. Il estime que les revenus générés par les recherches et les éventuels traitements développés à partir de l’iboga devraient aussi bénéficier au Gabon et à sa population, dont les savoirs traditionnels ont contribué à faire connaître cette plante.
Le défi est désormais de transformer cette valeur commerciale en retombées concrètes : rémunération des producteurs, protection de la ressource, respect des communautés détentrices des savoirs et mécanismes transparents de partage des bénéfices. À près de 4 millions de FCFA le kilogramme selon la projection évoquée, l’iboga illustre le potentiel économique du patrimoine naturel gabonais, mais aussi la nécessité de mieux encadrer son exploitation pour que cette richesse profite d’abord à ceux qui en sont les gardiens.

















































