Derrière les chiffres de croissance, la réalité du marché du travail reste préoccupante. Selon les données de 2024 reprises dans le rapport, le taux de chômage de l’ensemble de la population active s’établissait à 17,4 %. Chez les 15 à 35 ans, il grimpait à 30,5 %. En clair, près d’un jeune actif sur trois se retrouvait sans emploi, malgré une économie qui continue d’enregistrer une progression positive.
Cette situation contraste avec les résultats macroéconomiques du pays. Après une croissance de 3,4 % en 2024, l’économie gabonaise a progressé de 3,2 % en 2025. Les investissements publics dans les infrastructures, le secteur de la construction et les services ont notamment contribué à cette évolution. Toutefois, le PIB par habitant n’a augmenté que de 1,1 %, tandis que la production pétrolière a enregistré un recul de 2,9 %. Ces indicateurs montrent que la progression de la richesse nationale ne se traduit pas automatiquement par une amélioration équivalente des revenus et des perspectives professionnelles.
L’une des principales difficultés réside dans la capacité limitée du secteur privé formel à absorber les demandeurs d’emploi. D’après la Banque mondiale, seuls trois travailleurs sur dix occupent un emploi formel dans une entreprise privée. Deux travaillent dans le secteur public, tandis que les cinq autres exercent principalement des activités indépendantes ou informelles. Cette configuration révèle un marché du travail où les possibilités d’emploi salarié formel restent insuffisantes face à l’arrivée de nouveaux actifs.
Les diplômés ne sont pas épargnés par cette réalité. Le rapport fait état d’un taux de chômage de 25,4 % parmi les actifs titulaires d’un diplôme universitaire. Plus préoccupant encore, plus de 55 % des salariés occupent un poste pour lequel leur niveau de formation serait supérieur aux qualifications requises. Autrement dit, certains diplômés peinent à trouver un emploi correspondant à leurs compétences, tandis que d’autres acceptent des postes en dessous de leur niveau de qualification.
Le problème ne concerne donc pas uniquement le nombre d’emplois disponibles. Il touche également leur qualité et leur adéquation avec les formations suivies. Une économie peut enregistrer une hausse de sa production sans générer suffisamment de postes, notamment lorsque ses secteurs moteurs nécessitent beaucoup de capitaux, mais relativement peu de main d’œuvre.
Les indicateurs de pauvreté illustrent également ce décalage entre croissance et amélioration des conditions de vie. Le taux de pauvreté national serait passé de 33,4 % en 2017 à 28,7 % en 2024. Malgré cette baisse, environ 729 000 personnes vivaient encore sous le seuil national de pauvreté, établi à 840 400 FCFA par personne et par an. Les progrès enregistrés restent donc insuffisants pour une partie importante de la population.
Pour inverser cette tendance, la Banque mondiale insiste notamment sur la nécessité de renforcer la formation professionnelle, de faciliter l’accès des entreprises au financement et d’améliorer l’environnement des affaires. Plusieurs secteurs sont identifiés comme des relais potentiels de création d’emplois, parmi lesquels l’agriculture, la transformation du bois, les mines, l’écotourisme et les services associés. Leur développement dépendra toutefois de la capacité du pays à améliorer ses infrastructures, à garantir un approvisionnement énergétique fiable et à soutenir les entreprises qui souhaitent investir et recruter.
Au fond, le défi économique du Gabon ne se limite plus à afficher des taux de croissance positifs. Il s’agit désormais de transformer cette progression en possibilités concrètes pour les jeunes, en emplois formels et en revenus plus stables. Avec un chômage qui touche 30,5 % des 15 à 35 ans, la capacité de l’économie à offrir des perspectives professionnelles à sa jeunesse demeure l’un des principaux indicateurs de réussite de sa transformation.


















































