La crise qui secoue l’Église Évangélique du Gabon (EEG) est loin de connaître son épilogue. Alors que le ministère de l’Intérieur a engagé un dispositif destiné à favoriser une sortie de crise et préparer de nouvelles élections, le Pasteur Président Jean Daniel Allogo Essimengane refuse de reconnaître cette initiative.
Face à la presse le jeudi 17 septembre 2026, au siège national de l’EEG à Baraka Mission, le responsable religieux a clairement contesté la mise en place du comité de sages et des facilitateurs annoncée par les autorités. Pour lui, la gestion de cette crise doit avant tout rester dans le cadre des textes qui régissent l’Église.
Cette nouvelle prise de position intervient quelques semaines après la suspension, à titre conservatoire, du directoire issu du dernier Synode national. Le ministère de l’Intérieur avait justifié cette décision par les tensions entourant le processus électoral et les risques de troubles à l’ordre public.
Au cœur du désaccord se trouve le Synode national organisé à Baraka Mission du 3 au 10 août 2026. À l’issue de ces assises, Jean Daniel Allogo Essimengane avait été désigné pour prendre la tête de l’EEG pour un nouveau mandat. Une décision contestée par deux pasteurs, Isaïe Zue Moto et Moïse Ovono Menie, qui avaient saisi le ministère de l’Intérieur pour demander l’annulation de cette désignation.
Pour le Pasteur Président, le processus ayant conduit à la mise en place du nouveau Conseil national s’est déroulé conformément aux règles internes de l’Église. Il considère donc que les instances issues du Synode restent légitimes et doivent continuer à exercer leurs responsabilités.
Jean Daniel Allogo Essimengane s’appuie notamment sur l’article 45 de la Constitution de l’EEG, qui établit le Synode national comme l’instance suprême de l’Église. Il invoque également le principe constitutionnel de séparation entre l’État et les religions pour contester l’intervention des pouvoirs publics dans le fonctionnement interne de l’institution religieuse.
Cette position entre directement en contradiction avec le dispositif annoncé par le ministère de l’Intérieur. Celui-ci avait pris acte de la constitution d’un comité composé notamment d’anciens présidents de l’EEG, de laïcs et de représentants des différentes régions synodales. Trois facilitateurs doivent également accompagner le processus, avec pour objectif de favoriser l’apaisement et de préparer un nouveau processus électoral.
Malgré ce bras de fer institutionnel, le Pasteur Président veut éviter une escalade au sein de la communauté. Il appelle les fidèles à rester calmes, à prier et à préserver l’unité de l’Église. Il tend également la main aux pasteurs et aux membres qui contestent le processus électoral, les invitant à privilégier le dialogue.
Dans cette logique, l’EEG annonce la reprise de ses activités pastorales et ecclésiastiques à partir du dimanche 4 octobre 2026. Une décision qui confirme la volonté du camp de Jean Daniel Allogo Essimengane de poursuivre ses activités malgré la suspension décidée par le ministère de l’Intérieur.
La crise reste donc ouverte. D’un côté, les autorités cherchent à installer un cadre provisoire devant conduire à de nouvelles élections dans un délai de trois mois. De l’autre, le directoire issu du dernier Synode continue de revendiquer sa légitimité et rejette toute administration provisoire imposée de l’extérieur.
L’enjeu des prochaines semaines sera désormais de savoir si un compromis pourra être trouvé entre les différentes parties afin d’éviter que le conflit institutionnel ne s’enracine davantage au sein de l’Église Évangélique du Gabon.

















































