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Gabon : diplômés mais sans expérience, les jeunes face au piège des offres d’emploi exigeant 5 ans de pratique

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Sur les plateformes de recrutement et dans les annonces diffusées par les entreprises, la mention revient régulièrement : « 5 ans d’expérience minimum ». Pour un jeune qui vient de terminer ses études, cette condition peut rapidement devenir un obstacle difficile à franchir. Il faut avoir travaillé pour être recruté, mais il faut d’abord être recruté pour pouvoir travailler et construire cette expérience.

Le problème prend une dimension particulière dans un pays où l’accès à l’emploi reste un défi pour une partie importante de la population. Selon l’Enquête nationale sur l’emploi et le chômage 2024, publiée en avril 2026, le taux d’emploi au Gabon s’établit à 40 %. Les jeunes âgés de 15 à 24 ans représentent par ailleurs 34,5 % des personnes sans emploi.

Ces chiffres donnent une autre portée à la question. Lorsque l’expérience devient une condition presque systématique d’accès au marché du travail, les jeunes qui cherchent justement à effectuer leurs premiers pas professionnels peuvent se retrouver durablement écartés des opportunités.

Le phénomène n’est pourtant pas nouveau. Dès 2021, le ministère du Travail relevait déjà que la majorité des personnes inscrites auprès de l’Office national de l’emploi ne disposaient d’aucune expérience professionnelle. Le constat était donc posé depuis plusieurs années : une partie des demandeurs d’emploi avait besoin d’une première expérience pour accéder au marché du travail.

Le paradoxe devient encore plus visible lorsque cette exigence apparaît sur des offres de stage, de CDD de courte durée ou d’emplois destinés à des profils débutants. Ces dispositifs sont justement censés permettre aux jeunes de découvrir le monde professionnel, de développer leurs compétences et d’accumuler progressivement les premières lignes de leur parcours.

Demander plusieurs années d’expérience pour accéder à ces premières opportunités revient donc à réduire considérablement leur rôle de tremplin. Un jeune diplômé peut avoir des compétences théoriques, des projets universitaires, des stages ou des connaissances dans son domaine sans pour autant disposer de cinq années de pratique professionnelle.

À terme, cette difficulté peut également pousser certains jeunes vers d’autres solutions. Certains se tournent vers l’activité informelle, d’autres multiplient les stages sans véritable perspective d’embauche, tandis que certains envisagent de chercher des opportunités à l’étranger.

Pour les entreprises, l’expérience reste évidemment un critère qui peut répondre à des besoins précis, notamment lorsqu’un poste nécessite une autonomie immédiate ou une expertise particulière. Mais la question se pose lorsque la même exigence est appliquée indistinctement à des postes qui pourraient également être occupés par des profils débutants accompagnés et formés.

L’enjeu est donc de trouver un meilleur équilibre entre les besoins des entreprises et la réalité des jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail. Les stages, les contrats de courte durée, l’apprentissage et les programmes d’insertion peuvent notamment constituer des passerelles permettant de transformer progressivement les compétences acquises en formation en véritable expérience professionnelle.

Car derrière la mention « 5 ans d’expérience » se trouve une réalité plus large : celle d’une génération qui doit souvent prouver son expérience avant même d’avoir eu la possibilité de la construire.

Le défi pour le Gabon consiste désormais à éviter que le manque d’expérience ne devienne un verrou permanent pour les jeunes diplômés. Leur permettre d’entrer dans le monde professionnel, d’apprendre et de progresser pourrait contribuer à rapprocher les besoins des entreprises des compétences disponibles sur le marché.

Le véritable enjeu n’est donc pas de supprimer l’expérience des critères de recrutement, mais de créer suffisamment de premières opportunités pour que les jeunes puissent un jour atteindre les cinq années d’expérience que les offres leur demandent aujourd’hui.

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