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Sur le plan médical, l’allaitement maternel est largement reconnu pour ses bénéfices sur la santé du nourrisson. L’Organisation mondiale de la Santé recommande notamment l’allaitement exclusif durant les six premiers mois de vie. Pourtant, entre cette recommandation et la réalité vécue par certaines femmes, un décalage persiste.

Le principal obstacle semble souvent être le regard extérieur. Pour certaines mères, allaiter dans un lieu fréquenté signifie s’exposer aux commentaires, aux regards insistants ou encore au jugement des autres. Pauline A., mère de famille, explique ainsi avoir toujours évité de donner le sein en public. Elle dit notamment redouter les réactions de certains hommes et estime que cette gêne serait moindre si l’allaitement n’était pas associé à la sexualité.

Cette perception du corps féminin apparaît justement au cœur du débat. Le sein, souvent présenté sous l’angle de la sensualité dans l’espace public et médiatique, peut difficilement être dissocié de cette représentation lorsqu’il s’agit d’allaitement. Pour Paul Ossiba, cette sexualisation contribue à mettre les mères mal à l’aise lorsqu’elles doivent nourrir leur enfant devant d’autres personnes.

Mais les avis ne sont pas unanimes. Certains estiment que l’allaitement reste parfaitement légitime dans l’espace public tout en considérant qu’un minimum d’intimité peut être souhaitable. Cette position ne remet pas nécessairement en cause le principe de l’allaitement, mais traduit plutôt une préférence pour des espaces où la mère et l’enfant peuvent être à l’écart des regards.

Chez une partie de la jeune génération, le sujet semble toutefois être abordé différemment. Julia Nang, qui n’est pas encore mère, considère que les besoins du bébé doivent passer avant les conventions sociales. Pour elle, lorsqu’un enfant a faim, le lieu ne devrait pas empêcher sa mère de le nourrir.

Derrière ces différentes perceptions se pose finalement une question plus large : quelle place la société gabonaise accorde t elle à la maternité dans l’espace public ? L’allaitement met en évidence une contradiction entre un besoin biologique immédiat et des normes sociales qui peuvent pousser certaines femmes à se cacher.

Pour le nourrisson, la question est pourtant beaucoup plus simple : lorsqu’il a faim, il réclame à manger. Pour la mère, le choix peut devenir plus complexe lorsqu’elle doit composer avec son environnement et le regard des autres.

Au Gabon, le débat sur l’allaitement en public ne se limite donc pas à une question de convenance. Il renvoie aussi à la perception du corps féminin, à la place des femmes dans l’espace public et à la capacité de la société à distinguer un geste nourricier d’une représentation sexualisée du corps.

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