Pour les spécialistes, le problème ne réside pas uniquement dans le contenu regardé par l’enfant. Le véritable enjeu se trouve aussi dans toutes les activités auxquelles il renonce lorsqu’il passe plusieurs heures devant un écran. À un âge où le cerveau se construit à travers l’exploration, le mouvement et les échanges avec les autres, le temps passé devant un téléphone ou une tablette peut prendre la place d’expériences essentielles.
Le Dr Morgane met notamment en garde contre ce phénomène. Selon elle, « le principal danger est dans ce que l’enfant ne va pas faire devant son écran ». Une exposition excessive peut ainsi réduire les occasions de manipuler des objets, de bouger, de parler directement avec son entourage ou encore de découvrir son environnement par lui même.
Ces expériences jouent pourtant un rôle essentiel dans les premières années de la vie. C’est en jouant, en touchant, en observant et en échangeant que le jeune enfant développe progressivement ses capacités motrices, son langage et ses compétences relationnelles.
Les conséquences peuvent également se manifester dans le comportement. Une exposition précoce et importante aux écrans peut être associée à des difficultés de concentration, de l’agitation ou encore des problèmes dans la gestion des émotions. Certains enfants peuvent avoir davantage de difficultés à patienter, à accepter une frustration ou à rester attentifs lors d’une activité.
Le médecin souligne également que le langage peut être particulièrement concerné. Lorsque les échanges directs avec les parents ou l’entourage sont remplacés par de longues périodes de visionnage, l’enfant dispose de moins d’occasions de développer son vocabulaire et d’apprendre à communiquer dans des situations réelles.
Pour autant, il ne s’agit pas de considérer les écrans comme des outils à bannir totalement. La question repose surtout sur l’âge de l’enfant, la durée d’exposition, le contenu proposé et surtout l’accompagnement des adultes.
La présence des parents reste donc essentielle. Regarder avec l’enfant, lui parler de ce qu’il voit, répondre à ses questions et fixer des limites permet de mieux encadrer son utilisation des écrans. À l’inverse, laisser un téléphone ou une tablette devenir une occupation permanente peut progressivement réduire les moments consacrés au jeu, aux échanges et à l’exploration.
Les spécialistes recommandent ainsi de privilégier les activités qui sollicitent directement l’enfant : jeux libres, lecture avec un adulte, échanges familiaux, activités manuelles, sorties et jeux en plein air. Autant d’occasions pour lui de bouger, de réfléchir, de communiquer et de développer progressivement son autonomie.
Le message adressé aux parents n’est donc pas de bannir la technologie, mais de veiller à ce qu’elle ne prenne pas la place des expériences dont l’enfant a besoin pour grandir. À cet âge, quelques minutes d’échange, de jeu ou de lecture avec un adulte peuvent avoir bien plus de valeur pour son développement que plusieurs heures passées seul devant un écran.
