Libreville, 9 juin 2026 – Cela fait désormais 112 jours, soit 3 mois et 23 jours, que les autorités gabonaises ont annoncé la suspension officielle des réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire national. Une décision qui avait été présentée comme une réponse à des préoccupations liées à la circulation de l’information, à la sécurité numérique et à la préservation de l’ordre public.
Mais plus de trois mois après cette annonce, une question revient avec insistance dans l’opinion publique : la mesure est-elle encore réellement appliquée ?
Une suspension largement contournée
Sur le terrain, le constat est frappant. Malgré la restriction officielle, les réseaux sociaux continuent d’être massivement utilisés par la population. Facebook, WhatsApp, TikTok, YouTube, Instagram et d’autres plateformes restent accessibles à travers l’utilisation des réseaux privés virtuels (VPN), devenus presque incontournables dans le quotidien numérique des Gabonais.
Dans les quartiers de Libreville comme à l’intérieur du pays, rares sont ceux qui affirment avoir complètement cessé d’utiliser les réseaux sociaux. Les échanges se poursuivent, les vidéos circulent, les émissions en direct sont suivies et l’actualité nationale continue d’être commentée en temps réel.
Plus encore, les médias en ligne, certains acteurs de la presse écrite, des entreprises privées ainsi que diverses administrations continuent d’utiliser ces plateformes pour diffuser des informations et maintenir le contact avec leurs audiences.
Les institutions absentes, mais l’information circule
Si les pages officielles de la Présidence de la République et de plusieurs ministères ont considérablement réduit, voire interrompu leurs publications, l’actualité gouvernementale continue néanmoins d’être relayée par d’autres canaux.
Les activités du Chef de l’État restent visibles sur les réseaux sociaux à travers des médias, des journalistes et des créateurs de contenus qui les relaient quotidiennement. Récemment encore, de nombreux internautes ont suivi la participation du Président de la République à l’émission « Cash » animée par le journaliste Chamberland Moukouama, largement diffusée et commentée sur les réseaux sociaux.
Cette réalité soulève une interrogation : si l’objectif était de limiter l’accès aux plateformes numériques, comment expliquer que l’essentiel de l’information publique continue d’y circuler ?
Une mesure qui interroge les citoyens
Pour Stéphane, jeune habitant de Libreville, la situation mérite aujourd’hui une réévaluation.
« L’idée était peut-être bonne au départ, mais nous avons été interdits d’utiliser les réseaux sociaux alors que tout le monde possède désormais un VPN. La mesure n’a plus vraiment lieu d’être. Depuis la suspension, qu’est-ce qui a été concrètement mis en place pour corriger les problèmes qui avaient été identifiés ? »
Même constat pour Ibrahim, qui estime que la population a fini par s’adapter.
« C’est incroyable de savoir que nous sommes toujours sous cette mesure alors que tout le monde est connecté. Les gens n’en parlent même plus parce qu’ils ont trouvé des solutions. Aujourd’hui, il serait préférable de rétablir officiellement l’accès afin que chacun puisse se connecter normalement, sans VPN. »
Marcus, de son côté, s’interroge sur les conséquences économiques de cette situation.
« J’ai l’impression qu’il existe désormais un véritable business autour des VPN. Au début, même trouver un VPN était compliqué. Aujourd’hui, tout le monde en utilise un. Le pays est connecté malgré les restrictions. Nous souhaitons simplement un retour à la normale. »
Quel bilan après 112 jours ?
Au-delà des débats, la question du bilan demeure centrale. Après plus de trois mois de suspension, les citoyens s’interrogent sur les résultats obtenus.
Les objectifs poursuivis lors de l’annonce ont-ils été atteints ? Les problèmes qui avaient motivé la décision ont-ils été résolus ? Les autorités envisagent-elles toujours le retour progressif des réseaux sociaux qui avait été évoqué dans certains échanges publics ?
Ces interrogations restent aujourd’hui sans réponses claires pour une grande partie de la population.
Entre légalité et réalité
La situation actuelle semble révéler un paradoxe. D’un côté, la suspension demeure officiellement en vigueur. De l’autre, la réalité du terrain montre qu’une grande majorité des utilisateurs continue d’accéder aux plateformes numériques grâce aux outils de contournement.
Cette coexistence entre interdiction officielle et utilisation massive interroge sur l’efficacité réelle de la mesure et sur sa pertinence dans un contexte où les technologies permettent de contourner facilement les restrictions.
L’heure d’un débat public ?
À l’heure où le numérique occupe une place centrale dans l’économie, l’éducation, l’information et la communication institutionnelle, de nombreux observateurs estiment qu’un débat ouvert sur l’avenir de cette mesure pourrait être bénéfique.
Les citoyens, les professionnels des médias, les entreprises et les acteurs de la société civile attendent désormais davantage de visibilité sur les intentions des autorités.
Cent douze jours après la suspension des réseaux sociaux, une réalité s’impose : le VPN est devenu la principale porte d’entrée vers Internet pour des milliers de Gabonais. La question n’est peut-être plus de savoir si les réseaux sociaux sont utilisés, mais plutôt de déterminer si le maintien d’une restriction largement contournée répond encore aux objectifs qui avaient motivé son instauration.
Face à cette situation, nombreux sont ceux qui appellent aujourd’hui les autorités compétentes à clarifier leur position et à envisager un retour à un fonctionnement normal des réseaux sociaux, dans un cadre responsable, sécurisé et conforme aux intérêts de la nation.

















































