Face aux incertitudes qui secouent les routes pétrolières du Moyen-Orient, la Corée du Sud accélère sa mue énergétique. Trop dépendante d’une zone devenue instable, elle cherche désormais à diversifier ses sources d’approvisionnement — et regarde de plus en plus vers l’Afrique centrale.
Aux commandes de cette stratégie, Kang Hoon-sik, chef de cabinet de la présidence sud-coréenne, qui enchaîne les déplacements et les discussions avec plusieurs pays producteurs. Objectif : garantir un accès stable au brut dans un contexte marqué par les tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz, passage vital pour le commerce mondial de l’énergie.
Aujourd’hui, une large part du pétrole importé par Séoul transite encore par cette zone à risque. Une dépendance que les autorités jugent désormais trop exposée.
Pour y remédier, la Corée du Sud élargit rapidement son cercle de partenaires. Si les grands fournisseurs historiques restent mobilisés, de nouveaux pays font leur entrée dans le dispositif. Parmi eux, le Congo et le Gabon, qui s’imposent progressivement comme des alternatives crédibles.
Selon les chiffres officiels, environ 110 millions de barils ont été sécurisés pour les mois d’avril et mai grâce à un réseau étendu de fournisseurs. Cette diversification permet de couvrir une part importante des besoins du pays, tout en limitant l’impact des tensions géopolitiques.
Mais au-delà de l’urgence, c’est une transformation plus profonde qui se dessine. Séoul semble vouloir réduire durablement sa dépendance aux routes énergétiques les plus sensibles, quitte à redessiner sa carte d’approvisionnement.
Une opportunité pour l’Afrique… sous conditions
Pour les producteurs d’Afrique centrale, cette évolution ouvre une fenêtre intéressante. Dans un contexte de prix élevés, la demande supplémentaire venue d’Asie pourrait soutenir les recettes d’exportation.
Mais cet avantage reste fragile.
Au Congo, pourtant premier producteur de la zone CEMAC, le secteur pétrolier continue de souffrir d’un manque d’infrastructures de transformation. Résultat : une partie importante des carburants consommés dans le pays doit être importée.
Ce déséquilibre crée un effet pervers. Les revenus tirés des exportations de brut sont en partie absorbés par l’achat de produits raffinés à l’étranger, souvent à des coûts élevés.
Le Gabon fait face à des contraintes similaires. Malgré sa position sur le marché international, ses capacités de raffinage limitées réduisent l’impact positif de la hausse des prix du pétrole sur son économie.
Le vrai défi : capter davantage de valeur
Au fond, la situation met en lumière un enjeu bien connu mais toujours d’actualité : celui de la transformation locale des ressources.
Car vendre du pétrole brut ne suffit plus. Pour tirer pleinement profit de cette nouvelle demande, les pays producteurs devront investir dans leurs capacités industrielles et réduire leur dépendance aux importations de produits finis.
Dans un marché énergétique en pleine recomposition, l’Afrique centrale a une carte à jouer. Mais pour la transformer en véritable levier de développement, il faudra aller au-delà de l’exportation et repenser en profondeur la chaîne de valeur.

















































