Près de cinq mois après la dissolution de la Société d’agriculture et d’élevage (SAEG), la Société Agro Pastorale du Gabon (AGROPAG), créée pour porter les ambitions du pays en matière de production agricole et d’élevage, traverse une période particulièrement délicate. Alors que l’entreprise devait incarner un nouvel élan pour la souveraineté alimentaire, des difficultés de gouvernance et de fonctionnement font désormais planer le doute sur sa capacité à remplir efficacement ses missions.
La situation avait déjà été publiquement évoquée par le président du Conseil d’administration, Raymond Ndong Sima. Mais selon plusieurs sources proches du dossier, les difficultés rencontrées par AGROPAG seraient plus profondes qu’il n’y paraît. Elles concerneraient notamment la gestion de l’entreprise, le fonctionnement de ses organes dirigeants et la mise en œuvre des décisions arrêtées par le Conseil d’administration.
Au centre des interrogations figure notamment la question du budget 2026. Selon les informations rapportées par les sources citées, les équipes techniques auraient préparé dès janvier un projet de budget consolidé afin d’anticiper les besoins de l’entreprise. Transmis à la direction à la mi mars, le document n’aurait toutefois pas été présenté au Conseil d’administration malgré plusieurs convocations.
Cette situation aurait eu des conséquences directes sur le fonctionnement d’AGROPAG, notamment en matière de paiement des salaires et d’acquisition des intrants nécessaires à la production. Cinq réunions du Conseil d’administration auraient ainsi été convoquées sans permettre de débloquer durablement la situation. L’absence du directeur général, Aubert Aimé Ndjila, lors de la réunion du 2 juillet, officiellement justifiée par un certificat médical, aurait également contribué à prolonger le blocage institutionnel.
Au delà de la question budgétaire, c’est l’organisation même de la nouvelle société qui suscite des interrogations. Malgré la dissolution officielle de la SAEG, des sources internes affirment qu’une partie des activités continuerait de s’organiser autour des anciennes installations et de certains personnels de la structure dissoute.
Cette situation alimenterait une forme de confusion sur le terrain, alors que le transfert des actifs et des équipements vers AGROPAG demeure au cœur des enjeux de la transition. Selon un témoignage recueilli auprès d’une source interne, cette situation aurait également affecté le fonctionnement des exploitations agricoles et d’élevage.
Les conséquences commencent surtout à se faire sentir sur l’activité. Des équipements agricoles qui n’auraient pas encore été transférés, du matériel de conservation qui resterait indisponible et un suivi jugé insuffisant du cheptel bovin figurent parmi les difficultés évoquées par les sources proches du dossier.
À cette situation opérationnelle s’ajoute désormais une dimension sociale particulièrement préoccupante. Trois mois d’arriérés de salaires sont évoqués, faisant craindre une aggravation des tensions au sein du personnel et l’ouverture éventuelle de contentieux sociaux.
Pour AGROPAG, l’enjeu dépasse donc désormais la seule question de son organisation interne. La société est appelée à jouer un rôle important dans la stratégie nationale de développement de l’agriculture et de l’élevage. Mais pour atteindre cet objectif, la clarification des responsabilités, le fonctionnement régulier de ses organes de gouvernance et la sécurisation de ses moyens financiers apparaissent comme des conditions essentielles.
À ce stade, les accusations rapportées par les sources proches du dossier restent à établir et nécessitent des explications de la part des responsables concernés. Une chose demeure toutefois certaine : plusieurs mois après la disparition de la SAEG, AGROPAG peine encore à trouver son rythme de croisière. Et alors que le pays attend de cette nouvelle structure qu’elle contribue à renforcer la production locale, l’urgence est désormais de sortir l’entreprise de cette zone de turbulences.
















































