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Une situation qui peut exaspérer les automobilistes, contraints de ralentir ou de modifier leur trajectoire. Pourtant, derrière ce comportement souvent qualifié d’incivique se cache une réalité plus nuancée. Car à certains endroits, emprunter le trottoir relève davantage du parcours d’obstacles que d’une véritable solution.

Aux Charbonnages, plusieurs espaces réservés aux piétons sont occupés par des commerçants. Étals, marchandises et installations diverses réduisent considérablement la largeur des passages, poussant certains usagers à descendre directement sur la chaussée pour poursuivre leur chemin.

Le phénomène n’est pas nouveau. En juin 2026, Gabon 24 avait notamment rapporté l’occupation de plusieurs portions de trottoirs aux abords du carrefour, avec des marchandises installées jusque sur les dispositifs censés protéger les piétons. Les barrières mises en place pour séparer les différents espaces servaient même parfois de supports pour exposer des produits.

Pour les commerçants, cette présence répond avant tout à une logique commerciale. Les Charbonnages constituent un point de passage très fréquenté et offrent une visibilité importante aux vendeurs. Une commerçante interrogée par Gabon 24 expliquait ainsi que les clients s’arrêtent plus facilement dans cette zone que dans certains marchés plus éloignés.

Cette concentration d’activités autour des axes routiers crée cependant un effet domino. Les commerçants occupent les espaces les plus fréquentés, les clients s’y arrêtent, les piétons contournent les installations et finissent par rejoindre la chaussée. À quelques mètres, les automobilistes doivent alors composer avec des personnes qui circulent au milieu des véhicules.

Pour les conducteurs, le risque est loin d’être anodin. Un piéton présent sur la chaussée oblige à réduire la vitesse, à changer de voie ou à effectuer une manœuvre d’évitement. Dans un carrefour déjà soumis à une forte pression automobile, ces situations peuvent compliquer davantage la circulation.

Mais le problème ne concerne pas uniquement les Charbonnages. À Libreville, l’occupation des trottoirs par les commerces et les difficultés rencontrées par les piétons participent depuis plusieurs années aux tensions liées à la mobilité urbaine. Une étude de la Banque mondiale sur les déplacements dans la capitale gabonaise avait déjà relevé les liens entre occupation des espaces piétons, présence des marchands ambulants et congestion routière.

Pour autant, tous les comportements observés ne peuvent pas être expliqués par l’état des trottoirs. Même lorsqu’un passage est libre et accessible, certains piétons choisissent encore de marcher sur la chaussée ou de traverser en dehors des espaces prévus. Une part d’incivisme existe donc bel et bien.

Le trottoir reste avant tout un espace destiné aux déplacements des piétons. Lorsqu’il est praticable, son utilisation permet de limiter les interactions dangereuses avec les véhicules. Et sur une route fréquentée, le moindre manque d’attention peut avoir de lourdes conséquences pour celui qui se déplace à pied, beaucoup plus vulnérable en cas de collision.

La difficulté est donc de savoir où commence et où s’arrête la responsabilité de chacun. Peut on demander aux piétons de respecter les aménagements urbains lorsque ceux ci sont régulièrement occupés ou difficilement accessibles ? Et inversement, peut on justifier le fait de marcher sur la chaussée lorsque le trottoir est libre ?

Aux Charbonnages, ces interrogations renvoient à un problème plus large de gestion de l’espace public. La réglementation gabonaise prévoit notamment que les voies publiques doivent conserver leur fonction et que les trottoirs doivent être dégagés afin de permettre la circulation des piétons.

Pourtant, le secteur connaît depuis plusieurs années un cycle qui semble difficile à interrompre : installation des commerces, opération de déguerpissement, retour progressif des vendeurs et nouvelle intervention des autorités. En février 2026, des commerçantes installées autour du Cécado des Charbonnages avaient encore été sommées de quitter les lieux, avec saisie de marchandises lors de l’opération.

Des travaux d’aménagement ont également été engagés autour de l’échangeur afin notamment d’améliorer la circulation, le stationnement et l’organisation des abords du carrefour.

Reste désormais à savoir si ces aménagements permettront de modifier durablement les habitudes. Car rendre un trottoir accessible ne suffit pas : encore faut il qu’il le reste.

À Libreville, la question de la sécurité des piétons ne pourra donc pas être réglée uniquement par des rappels à l’ordre. Les usagers doivent certes apprendre à utiliser les espaces qui leur sont destinés, mais les pouvoirs publics doivent également garantir que ces espaces remplissent réellement leur fonction.

Aux Charbonnages, le piéton qui marche sur la chaussée n’est finalement que l’un des maillons d’un problème beaucoup plus vaste. Entre les commerces qui gagnent du terrain, les trottoirs qui perdent leur fonction et les automobilistes qui doivent constamment s’adapter, c’est toute l’organisation de l’espace urbain qui est mise à l’épreuve.

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