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Cameroun : des poulets et des œufs contaminés par du plomb, du mercure et des substances cancérigènes, le Gabon parmi les pays approvisionnés

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Cadmium, plomb, mercure, aflatoxines, ochratoxine et chloramphénicol figurent parmi les substances détectées lors des analyses. Certaines sont connues pour leurs effets nocifs sur la santé lorsqu’elles sont présentes à des niveaux importants ou consommées de manière répétée.

Les prélèvements ont été réalisés dans trois grandes zones de production avicole du Cameroun : le Centre, le Littoral et l’Ouest. Ces bassins jouent un rôle majeur dans l’approvisionnement du marché camerounais, mais aussi dans celui de plusieurs pays voisins, notamment le Gabon, la Guinée équatoriale, le Tchad et la République centrafricaine.

L’étude, engagée depuis 2015, ne s’est pas limitée aux analyses en laboratoire. Les chercheurs ont également mené des enquêtes dans les exploitations avicoles et auprès de 900 ménages afin de mieux comprendre l’origine des contaminants retrouvés dans les produits destinés à la consommation.

Selon les résultats, la contamination pourrait intervenir à plusieurs niveaux de la chaîne de production. Les chercheurs pointent notamment les cultures de maïs, d’arachide et de soja utilisées dans l’alimentation des volailles. Les pesticides et engrais employés dans ces cultures peuvent contribuer à la présence de certains contaminants dans les matières premières destinées à nourrir les animaux.

Les pratiques observées dans les élevages suscitent également des interrogations. L’utilisation inappropriée de certains médicaments vétérinaires, notamment les antibiotiques, pourrait favoriser la présence de résidus dans les produits avicoles. Les chercheurs évoquent aussi des traitements administrés à certaines volailles avant leur commercialisation afin d’améliorer leur apparence.

Parmi les découvertes les plus préoccupantes figure la présence de chloramphénicol, un médicament dont l’utilisation dans les animaux destinés à la consommation est interdite en raison de ses risques pour la santé. Alors que les éleveurs interrogés n’auraient pas déclaré utiliser certaines substances interdites, les analyses effectuées sur les tissus des volailles ont pourtant permis d’identifier du chloramphénicol.

Pour les scientifiques, cette situation pose la question de l’efficacité des contrôles effectués tout au long de la chaîne de production. Elle met également en évidence les difficultés liées à la traçabilité des produits utilisés dans les exploitations.

L’autre inquiétude concerne les conséquences possibles pour les consommateurs. Certaines substances détectées peuvent s’accumuler dans l’organisme lorsqu’elles sont ingérées de manière répétée. Les aflatoxines, notamment, sont associées à des risques importants pour la santé, tandis que l’exposition à certains métaux lourds peut également provoquer des effets toxiques.

Le recours excessif ou inapproprié aux antibiotiques constitue par ailleurs un autre enjeu majeur. Selon les chercheurs, cette pratique peut contribuer au développement de bactéries résistantes aux traitements, un phénomène qui représente aujourd’hui un problème de santé publique à l’échelle mondiale.

Les scientifiques souhaitent désormais aller plus loin en mesurant l’exposition réelle des consommateurs. L’objectif sera notamment de rechercher d’éventuelles traces de métaux lourds, de mycotoxines et de résidus médicamenteux dans les fluides biologiques de personnes exposées à ces produits.

Ces recherches nécessitent toutefois des financements supplémentaires et l’accès à des équipements de laboratoire spécialisés. Les chercheurs veulent également étudier les effets combinés de plusieurs contaminants afin de mieux comprendre les conséquences d’une exposition simultanée à différentes substances.

Au delà du Cameroun, cette étude attire particulièrement l’attention en raison des échanges commerciaux avec plusieurs pays de la sous région. Une partie de la production issue des zones étudiées étant destinée à des marchés extérieurs, la question de la sécurité sanitaire des produits avicoles dépasse donc les frontières camerounaises.

Pour les scientifiques, la réponse doit avant tout commencer à la source : dans les cultures utilisées pour fabriquer les aliments destinés aux volailles, dans les élevages, mais aussi dans la distribution et l’utilisation des médicaments vétérinaires. L’objectif est désormais de renforcer la prévention et les contrôles afin de limiter les risques pour les consommateurs et de garantir une production avicole plus sûre.

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