Le problème ne vient donc pas de l’absence de pétrole. En 2025, le pays a produit 11,1 millions de tonnes de brut. Pourtant, une grande partie de cette production doit encore être complétée par des produits pétroliers importés, faute de capacités nationales de raffinage suffisantes.
Depuis 1967, la Société gabonaise de raffinage (SOGARA), installée à Port Gentil, reste la seule raffinerie du pays. Son outil industriel peut traiter environ 1,2 million de tonnes par an, un niveau qui ne permet pas de couvrir l’ensemble de la demande nationale. Le Gabon se retrouve ainsi obligé de se tourner vers le marché international pour compléter son approvisionnement.
Cette dépendance expose directement le pays aux variations des cours mondiaux et aux difficultés liées au transport maritime. Entre mars et août 2026, le prix du gasoil sur le marché mondial a progressé de 59 %, selon le Centre for Research on Energy and Clean Air. Dans le même temps, le prix du baril de Brent a franchi la barre des 100 dollars.
Ces évolutions internationales ont forcément des conséquences sur le coût d’approvisionnement du Gabon. Elles interviennent alors que les prix à la pompe sont maintenus depuis janvier 2024 à 595 F CFA le litre pour l’essence et 575 F CFA pour le gasoil. La tension observée dans les stations du Grand Libreville montre ainsi que la question dépasse largement celle du prix payé par les automobilistes. Elle touche aussi aux capacités de raffinage, aux réserves disponibles et à la solidité de toute la chaîne d’approvisionnement.
Face à cette situation, le gouvernement cherche désormais à renforcer le dispositif national. Plusieurs projets ont été engagés pour réduire progressivement cette vulnérabilité.
Le premier concerne l’augmentation des capacités de raffinage. Le 14 octobre 2025, un accord a été signé avec China Road and Bridge Corporation pour travailler sur le projet d’une nouvelle raffinerie à Port Gentil. L’objectif est notamment de disposer à terme d’une capacité nationale plus importante pour répondre aux besoins du marché.
Le deuxième chantier porte sur la modernisation de la SOGARA. Le 14 avril 2026, deux contrats d’études ont été confiés à Technip Energies. Ils prévoient notamment des travaux concernant quatre nouveaux bacs de stockage. L’enjeu est de renforcer les capacités disponibles et de permettre au pays de mieux absorber les éventuelles perturbations de son approvisionnement.
À cela s’ajoute l’audit de la SOGARA lancé en août 2026. Cette évaluation doit permettre de disposer d’un état des lieux actualisé de la raffinerie et d’identifier les améliorations nécessaires pour renforcer son efficacité.
Ces différentes initiatives traduisent donc une volonté de ne plus seulement gérer les pénuries lorsqu’elles apparaissent, mais de s’attaquer aux faiblesses qui rendent le système d’approvisionnement vulnérable.
Dans l’immédiat, la priorité reste toutefois de rétablir une distribution normale dans le Grand Libreville. Le ministère du Pétrole et du Gaz avait annoncé l’arrivée d’un navire d’importation dans la soirée du 3 octobre, avec une reprise progressive de l’approvisionnement et un retour à la normale attendu à partir du dimanche 4 octobre.
Mais derrière cette crise ponctuelle se pose une question plus importante pour le pays : comment garantir durablement la disponibilité des carburants alors que le Gabon dépend encore largement du marché international pour compléter sa production nationale ?
La question est d’autant plus sensible que l’État supporte une partie importante du coût réel des carburants à travers les subventions. Pour 2026, 55,3 milliards de F CFA ont été prévus dans la loi de finances rectificative pour financer ce mécanisme. Or, la hausse du coût des produits pétroliers sur le marché international peut accroître la pression sur les finances publiques.
La Banque mondiale estime par ailleurs que les subventions aux carburants bénéficient majoritairement aux ménages les plus aisés. Le gouvernement cherche donc également à améliorer le ciblage de l’aide publique. Le Registre social unique, lancé en juillet 2026, ainsi que le recensement des Gabonais économiquement faibles engagé en septembre doivent contribuer à mieux identifier les populations qui ont réellement besoin d’un accompagnement.
Pour le Gabon, le défi est donc désormais double : assurer l’approvisionnement des stations face aux tensions immédiates et renforcer les capacités nationales pour réduire la dépendance aux importations. L’augmentation des capacités de raffinage, le stockage et la modernisation de la SOGARA apparaissent ainsi comme des leviers essentiels pour sécuriser durablement l’accès aux carburants et limiter l’impact des prochaines fluctuations du marché mondial.
