Un réseau présumé de commercialisation de stupéfiants et de comprimés détournés de leur usage médical est dans le viseur des services spéciaux à Port Gentil. Après plusieurs semaines d’investigations, un homme identifié sous le nom de Lookman, également cité sous l’orthographe Lukman dans les éléments de l’enquête, a été interpellé à son retour de voyage. Transféré à Libreville, il est soupçonné d’avoir participé à un circuit d’approvisionnement et de distribution de produits réglementés, notamment du tramadol. Des témoignages évoquent une activité particulièrement lucrative, dont les revenus pourraient atteindre plusieurs dizaines de millions de FCFA par mois.
L’affaire a pris forme au fil des témoignages recueillis par la Direction générale des services spéciaux (DGSS). Plusieurs personnes interrogées dans le cadre d’investigations sur des faits présumés de trafic auraient cité le nom de Lookman, présenté comme une source d’approvisionnement en comprimés revendus à différents clients à Port Gentil.
D’après les déclarations rapportées dans le dossier, l’un des individus concernés affirme exercer cette activité depuis près de deux ans. Il explique s’être régulièrement procuré des produits auprès de cet homme avant de les écouler auprès de ses propres clients. Un autre témoignage fait état d’une demande de comprimés formulée par un certain Ivan Bekalé, qui aurait cherché une personne capable de lui en fournir alors qu’il traversait des difficultés. Ces déclarations auraient contribué à orienter les enquêteurs vers le principal suspect et son entourage.
Pour parvenir à cette interpellation, les agents auraient multiplié les opérations de surveillance, les filatures et les recoupements d’informations. Selon les éléments communiqués, Lookman aurait été arrêté le 5 septembre, à son retour de l’étranger, alors qu’il regagnait Port Gentil. Il a ensuite été transféré à Libreville pour la suite de la procédure.
Face aux enquêteurs, le suspect aurait reconnu certains faits, tout en contestant ou en nuançant certains aspects de son implication. Il affirme notamment que son nom aurait été cité par plusieurs personnes déjà interpellées dans cette affaire.
Les investigations portent notamment sur la circulation de tramadol et d’autres comprimés dont la commercialisation est soumise à des règles strictes. Des produits présentés comme destinés à améliorer les performances sexuelles sont également évoqués dans les déclarations rapportées. Le dossier soulève ainsi la question du détournement de certains médicaments de leur usage thérapeutique au profit d’un commerce clandestin.
Concernant l’origine des marchandises, Lookman aurait reconnu avoir fait venir certains produits depuis le Bénin. Selon sa version, leur acheminement s’effectuerait par voie maritime avant leur introduction dans le circuit commercial local. Les produits seraient ensuite écoulés auprès de revendeurs chargés de les distribuer à leur tour.
Les montants avancés dans le cadre de l’enquête donnent une idée des enjeux financiers de cette activité présumée. Les revenus évoqués pourraient atteindre plusieurs millions de FCFA par semaine et dépasser plusieurs dizaines de millions de FCFA sur un mois, notamment lorsque les stocks disponibles sont importants. Ces chiffres, qui restent à établir au regard des éléments matériels du dossier, illustrent néanmoins l’intérêt des enquêteurs pour les circuits de vente et les personnes susceptibles d’en tirer profit.
Les déclarations recueillies laissent également entrevoir un système organisé autour de commandes et de livraisons à différents intermédiaires. Certains acheteurs solliciteraient des quantités précises, tandis que d’autres acteurs assureraient la revente au détail. Si ces éléments sont confirmés, ils pourraient permettre aux enquêteurs de mieux comprendre la chaîne d’approvisionnement et d’identifier les responsabilités de chacun.
L’interpellation de Lookman ne signifie toutefois pas que l’ensemble du réseau présumé a été démantelé. Les investigations devront notamment déterminer le rôle exact des personnes citées, vérifier les flux de marchandises et établir la réalité des sommes évoquées. À ce stade, les accusations et les témoignages rapportés ne valent pas condamnation. Il appartiendra à la justice d’examiner les preuves et de statuer sur les responsabilités individuelles, dans le respect de la présomption d’innocence.
Au-delà de cette affaire, la circulation de médicaments détournés de leur usage médical et de substances utilisées sans encadrement approprié représente un enjeu de santé publique. Le tramadol, notamment, peut entraîner une dépendance et provoquer des effets graves lorsqu’il est consommé sans suivi médical ou à des doses inadaptées. Les jeunes figurent parmi les publics à protéger face aux risques liés à l’usage détourné de ces produits.
Pour les autorités, l’enjeu ne se limite donc pas aux interpellations. Le démantèlement durable de tels circuits suppose également de remonter les filières d’approvisionnement, de renforcer les contrôles sur les marchandises et de sensibiliser la population aux dangers de ces substances. Car derrière les profits présumés se trouvent des risques sanitaires et sociaux qui peuvent affecter les consommateurs, leurs familles et, plus largement, la société gabonaise
