Dans les rues, les marchés, les petits commerces, les ateliers et les activités de services, l’économie informelle occupe une place considérable dans le quotidien des populations. Elle représente près de la moitié de la richesse produite au Gabon et constitue une source de revenus pour une importante partie de la population.
Pourtant, derrière cette vitalité apparente se dessine une réalité plus préoccupante : les nationaux semblent progressivement perdre du terrain face aux entrepreneurs étrangers. La question n’est donc plus seulement celle de la formalisation de ces activités, mais aussi celle de la capacité des Gabonais à accéder aux opportunités économiques qui existent dans leur propre pays.
L’un des principaux obstacles réside dans l’accès au financement. Pour de nombreux entrepreneurs gabonais, obtenir un crédit bancaire reste difficile, particulièrement lorsqu’il s’agit de lancer une petite activité ou de développer une entreprise disposant de moyens limités. Les exigences des établissements financiers, les garanties demandées et le manque de fonds propres peuvent rapidement transformer un projet viable en simple idée abandonnée.
À cette difficulté financière s’ajoute un environnement administratif jugé contraignant. La création et la gestion d’une activité peuvent être freinées par des procédures complexes, tandis que la fiscalité constitue pour certains entrepreneurs un obstacle supplémentaire au passage vers le secteur formel.
Le problème ne s’arrête toutefois pas aux banques et à l’administration. L’accès aux fournisseurs et aux circuits d’approvisionnement représente également un défi important. Certains secteurs reposent sur des réseaux commerciaux déjà solidement établis, notamment autour des importations. Pour un nouvel entrepreneur qui ne dispose pas de contacts ou de moyens financiers suffisants, intégrer ces circuits peut s’avérer particulièrement difficile.
Cette situation contribue à créer un paradoxe. Alors que l’économie informelle représente une part importante de l’activité nationale, une grande partie des entrepreneurs gabonais éprouve des difficultés à y prendre pleinement leur place. Le pays dispose donc d’un important potentiel entrepreneurial, mais celui ci reste insuffisamment exploité au profit des nationaux.
Le diagnostic posé par la Banque africaine de développement renvoie ainsi à une question plus large : comment permettre aux Gabonais de devenir davantage acteurs de leur propre économie ?
La réponse ne pourrait pas se limiter à multiplier les mesures de contrôle ou à pousser les activités informelles vers la formalisation. Une telle approche risquerait de laisser de côté la cause profonde du problème. Pour permettre aux entrepreneurs locaux de franchir le cap, il faudrait également agir sur l’accès au financement, la formation, l’accompagnement et l’accès aux marchés.
L’enjeu est d’autant plus important que l’économie de proximité joue un rôle central dans la vie quotidienne du pays. Petits commerces, services, artisanat et activités indépendantes constituent un véritable réservoir d’emplois et de revenus.
Redonner davantage de place aux entrepreneurs gabonais dans ce secteur supposerait donc de créer un environnement dans lequel un porteur de projet puisse plus facilement obtenir un financement, se former, accéder aux fournisseurs et développer son activité sans être découragé par les obstacles administratifs.
Au delà des statistiques, le débat pose finalement une question de souveraineté économique. Si l’économie informelle représente une part aussi importante de la richesse nationale, la capacité des Gabonais à y entreprendre et à y prospérer devient un enjeu majeur pour le développement du pays.
Le défi consiste désormais à transformer ce constat en politiques concrètes. Car derrière chaque petite activité se trouve potentiellement un emploi, une famille soutenue et, à plus grande échelle, une entreprise capable de participer à la diversification de l’économie gabonaise
