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Alors que le continent espérait accélérer sa reprise économique en 2026, les turbulences géopolitiques au Proche Orient menacent d’éroder une partie des gains attendus. Dans une note conjointe présentée à Washington, plusieurs institutions dont la Banque africaine de développement (BAD) appellent les États à une gestion rigoureuse des politiques budgétaires pour éviter des dérapages coûteux. En toile de fond : la dépendance énergétique chronique de l’Afrique.

La prudence est de mise. Face aux répercussions potentielles des conflits au Moyen Orient, les économistes de la BAD, de la Commission de l’Union africaine, de la CEA ONU et du PNUD recommandent aux gouvernements africains de résister à la tentation des subventions massives. « Des réponses budgétaires désordonnées risqueraient d’aggraver les déséquilibres macroéconomiques à long terme », met en garde le chef économiste de l’institution. Le rapport, dévoilé lors des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale à Washington, préconise plutôt des aides ciblées vers les populations les plus vulnérables, une discipline sur la dette et, pour les pays exportateurs d’hydrocarbures, une gestion rigoureuse des recettes exceptionnelles.

Au delà de la gestion de court terme, les experts insistent sur des réformes structurelles indispensables. Accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), développer des marchés énergétiques régionaux et mobiliser davantage l’épargne locale sont autant de leviers cités pour réduire l’exposition aux aléas extérieurs. Les partenaires internationaux sont également sollicités pour fournir une assistance technique et des financements d’urgence. « Les pays africains ne peuvent pas faire face seuls à des chocs d’une telle ampleur », soulignent les auteurs.

Une épée de Damoclès sur les prix de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement

Le principal canal de transmission des tensions moyen-orientales reste la facture énergétique. Le rapport rappelle que près de 80 % du pétrole brut importé par l’Afrique provient du Golfe, et environ la moitié des produits raffinés. Toute perturbation des routes maritimes stratégiques la fermeture éventuelle du détroit d’Ormuz est évoquée se traduirait par une envolée des coûts de transport, une hausse des prix des hydrocarbures, mais aussi des engrais et des denrées alimentaires. Conséquence directe : une poussée de l’inflation importée et une pression accrue sur les balances des paiements.

Les marchés financiers africains subissent déjà la volatilité. Une trentaine de monnaies continentales se sont dépréciées ces derniers mois, un signe avant coureur des tensions à venir. Ce contexte rappelle douloureusement que le continent n’a pas encore digéré les chocs en cascade de ces dernières années : pandémie de Covid 19, guerre en Ukraine, durcissement des conditions commerciales.

Une croissance 2026 révisée à la baisse : 3,8 % au lieu de 4,0 %

Selon les projections initiales des Nations unies (rapport Situation et perspectives économiques mondiales 2026, janvier dernier), le produit intérieur brut africain devait progresser de 4,0 % en 2026, après 3,9 % en 2025 et 3,5 % en 2024. Mais l’impact cumulé des crises moyen-orientales pourrait rogner 0,2 point de pourcentage à cette dynamique, ramenant la croissance à environ 3,8 %. En termes relatifs, cela représente une contraction de 5 % du rythme initialement attendu – autrement dit, une bonne partie de l’accélération espérée pourrait s’évaporer.

Les institutions soulignent que « les économies africaines, qui se relevaient progressivement des conséquences du Covid 19, de la guerre russo ukrainienne et des hausses des tarifs commerciaux, pourraient figurer parmi les plus affectées par les conflits en cours au Proche Orient ». Un constat qui place la question de l’indépendance énergétique au cœur des priorités stratégiques du continent. L’accélération des investissements dans les renouvelables et le gaz apparaît comme une condition essentielle pour réduire la vulnérabilité aux crises géopolitiques.

Malgré ce sombre tableau, les experts veulent croire à la résilience africaine. Celle ci dépendra toutefois, préviennent ils, de la qualité, de la rapidité et de la cohérence des politiques mises en œuvre dans les mois à venir.

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